2015 : DÉDICACE du livre de Martin Michaud pour Nurmemet Yasin (Chine)
   

 

Cher Nurmemet Yasin,

Liberté de penser, liberté d’exprimer ses opinions, liberté…
Privilège de se tenir debout et d’affirmer ses convictions…
On t’a privé de tous ces droits reconnus comme fondamentaux pour l’Homme…
Mais au nom de quoi ? D’un dogme ? D’une moralité bien-pensante qui croit détenir la vérité ?
Nous sommes presque du même âge, Nurmemet…
Nous sommes frères puisque nous écrivons, frères puisque nous habitons cette Terre…
Pourtant, contrairement à toi, j’ai le privilège d’écrire librement et d’exprimer mes opinions sans crainte d’être emprisonné…
Pourquoi ? Simplement parce que j’ai eu la chance de naître dans un pays libre.
Des rumeurs circulent : où es-tu aujourd’hui ? Es-tu toujours emprisonné ? Toujours en vie ?
Parviendras-tu un jour à reprendre ce dont d’autres t’ont spolié : ta liberté… et ta vie ?
Aujourd’hui, j’ai écrit cette dédicace en pensant à toi, Nurmemet…
Et tandis que ma main trace ces lettres et que mon cœur se serre, j’affirme que je suis aussi, et pour toujours, un pigeon sauvage.
Et désormais, chaque fois que je verrai un pigeon s’envoler, ce sera avec cet espoir qu’un jour, tu puisses recouvrer ta liberté, redéployer tes ailes et rentrer auprès des tiens.
Où que tu sois, je te souhaite un bon vol, mon frère.





 
  Martin Michaud
(Québec)

   

Nurmemet Yasin
(Chine)

 
 

© Photo Philippe-Olivier Contant


Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme l’un des meilleurs écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès fulgurant avec ses cinq premiers thrillers, lesquels lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. En novembre, il fera paraître Quand j’étais Théodore Seaborn, un hors série. Outre ses activités de romancier, il travaille à la scénarisation de ses œuvres et de projets originaux pour la télévision et le cinéma.

 

 

L’écrivain et poète ouighour Nurmemet Yasin purge une peine de dix ans d’emprisonnement depuis 2004 suite à un procès à huit clos sans avocat pour avoir écrit une nouvelle intitulée « Wild Pigeon » considérée comme un réquisitoire déguisé contre les autorités chinoises de la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Ses proches n’ont été autorisés à le voir qu’une seule fois et il serait en mauvaise santé. Il devait être libéré le 29 novembre 2014 mais la Chine n’a pas répondu aux demandes d’information d’Amnistie internationale. Le sort de Nurmemet est toujours aussi incertain.

(Amnistie internationale)