2000 : DÉDICACE DU LIVRE, LUMIÈRE ! LUMIÈRE !
   

Ce livre que je vous envoie, mon général et mon ami, parle de lumière ; il ne parle que de ça et de tout le reste. Il n'a pas été traduit à l'espagnol et j'ai bien peur que vous ne puissiez le lire de si tôt. Mais voyez dans son titre qu'il y a deux points d'exclamation. Prenez-les pour vôtres et dites à vos compagnons de prison que c'est de vous qu'ils parlent. Que c'est à vous qu'ils parlent. Ils s'exclament que vous devez bientôt être libéré par un régime dans lequel tant de Mexicains et tant d'amis du Mexique placent quelqu'espoir. Ils s'exclament que vos amis sont innombrables à travers le monde et qu'ils vont, par leur indignation exclamatoire, aller vous chercher dans votre prison. Ils s'exclament que nous sommes ici ce soir, au bord de l'hiver, au nord du nord, en train de penser que ça n'a pas de bon sens que vous soyez en prison depuis sept ans et huit jours, que vous dussiez y être pour encore vingt-et-un ans et trois mois et vint-cinq jours. Non, ça n'a pas de bons sens. Nous nous exclamons que ça n'a pas de bon sens.




    Émile Martel     Brigadier-Général José Francisco Gallardo Rodriguez (Mexique)
 
 


Écrivain, Émile Martel fait des études universitaires à l'Université Laval où il obtient une licence ès lettres; il détient également, depuis 1964, un doctorat ès lettres de l'Université de Salamanque en Espagne. Après une brève carrière dans l'enseignement universitaire (deux ans à l'Université d'Alaska, à Fairbanks, et un an à l'Université Victoria, en Colombie Britannique) il entreprend en 1967 une carrière diplomatique au service du Canada. Affecté en Amérique centrale, à Madrid et à Mexico, il fait aussi trois séjours à l'ambassade du Canada en France, pour un total d'onze années à Paris. Principalement engagé dans les dossiers culturels, il mène, de 1994 à 1998, une action qui a rénové le Centre culturel canadien et relancé la politique culturelle canadienne en France.

En parallèle, il a publié des livres de prose poétique et des traductions de poésie espagnole ou mexicaine. Il poursuit un travail d'écrivain et de traducteur de l'anglais en même temps que de l'espagnol. Émile Martel a reçu, en 1995, le Prix du Gouverneur général du Canada pour son recueil de poésie Pour orchestre et poète seul. Depuis 1999, il est président du Centre québécois du P.E.N international. Il est membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois.

Source : L'Infocentre littéraire des écrivains - www.litterature.org

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Le brigadier-général Francisco Gallardo est incarcéré au Mexique depuis novembre 1993; les nombreuses accusations dont il fait l'objet ont toutes été rejetées par les cours civiles, mais il a quand même été condamné par la justice militaire à 28 ans de prison pour « détournement de biens appartenant à l'État et destruction d'archives militaires » ainsi qu'« enrichissement illégal ».

Le fond de cette affaire est la publication d'un extrait d'une thèse de maîtrise où le général recommande une réforme de fond des forces armées mexicaines, plus particulièrement la création d'un poste d'ombudsman militaire. Il a de fait été arrêté une semaine après la publication d'un article qui présentait cette proposition, et l'éditeur du magazine où l'article a été publié a aussi été menacé d'arrestation et de poursuites judiciaires. L'indignation publique qui a suivi a sans doute permis au général de continuer à publier ses écrits pendant son incarcération, mais les organismes de défense des droits de la personne croient que les tracasseries juridiques dont il a été la victime et la condamnation à la sentence extraordinairement lourde qu'on lui a imposée ont sûrement un effet de censure sur les militaires qui souhaiteraient s'exprimer publiquement.

Membre d'honneur des centres PEN du Danemark, d'Allemagne, des Etats-Unis d'Amérique, d'Angleterre, du Pérou et du Canada, il sert actuellement sa peine dans l'institution de haute sécurité Centre de réadaptation sociale Neza Bordo, dans l'État de Mexico.