2014 : DÉDICACE du livre de Linda Leith pour Kunchok Tsephel Gopey Tsang (Chine)
   

 

Pour Kunchok Tsephel Gopey Tsang, écrivain et rédacteur en chef du site Web de langue tibétaine Chomei (La Lampe), je dédie ce livre et je vous envoie mes salutations sur les nuages ​​à la dérive sur les rochers de Gannan dans la province de Gansu, en Chine. Moi aussi, je suis un écrivain, moi aussi, je travaille sur un site Web, mais en anglais. Moi aussi, j'ai imaginé d’autre mondes, des mondes meilleurs.

Mon livre est une histoire d'écrivains et d'écriture et de changement éventuel. Je souhaite que nous nous rencontrions, nous assoyions, discutions. Je voudrais que vous me parliez de la vie que vous avez menée, des œuvres que vous avez publiées, de la punition que vous avez subie, de l'avenir que vous espérez.

Je voudrais vous parler d'écrivains que j'ai rencontrés à Lanzhou, province de Gansu, une ville remplie de fontaines sans eau, de l’air sal et sec, du bruit, d’une prison sur la route de Gannan. Mais Gannan est encore loin de Lanzhou, et vous, de l’autre côté de murs en pierre, vous êtes infiniment loin de tout endroit où je sois allée. L’imagination me manque, la distance est trop grande. J'ai été trop heureuse dans mon coin du monde pour imaginer le courage dont vous avez fait preuve dans le vôtre.

C'est pourquoi on a tous deux besoin de nuages. Des livres peuvent être brûlés et les sites Web déconnectés, mais les mots sont comme l’air, comme de l'eau; ils trouvent un moyen. Soyons comme la pluie, Kunchok Tsephel Gopey Tsang. Je nous souhaite la pluie et encore de la pluie, des fontaines remplies avec de l'eau, une brise fraîche et limpide, des champs verdoyants, des chants d’oiseaux, des saules, du riz. Je me réjouis de notre rencontre. Je me réjouis de vos mots.

Linda Leith

To Kunchok Tsephel Gopey Tsang, writer and editor of the Tibetan language website Chomei (The Lamp), I dedicate this bookand send greetings on clouds drifting over rocky Gannan in Gansu province, China.

I, too, am a writer, and I too have a website where I write and publish, though I write in English. I, too, have imagined other worlds, better worlds. My book is the story of writers and writing and eventual change. I wish we could meet, sit down, talk. I would like you to tell me of the life you have led, the work you have published, the punishment you have suffered, the future you hope for. I would tell you about writers I met in Lanzhou, Gansu province, its waterless fountains, the parched air, the noise, the prison on the road to Gannan. But I was far from Gannan. On the wrong side of stone walls, you are immeasurably far from where I have ever been. My imagination fails me, the distance is too great. I have been too fortunate in my corner of the world to imagine the defiance you have mustered in yours.

That’s where the clouds come in. Books can be burned and websites taken down, but words are like the air, like water; they find a way. Let us be like the rain, Kunchok Tsephel Gopey Tsang. I wish us rain and more rain, a clean, fresh breeze, fountains filled with water, lush green fields, birdsong, willows, rice. I look forward to our meeting. I look forward to your words.

Linda Leith






 
  Linda Leith
(Québec)

   

Kunchok Tsephel Gopey Tsang
(Chine)

 
 

© Monique Dykstra


Linda Leith est native de Belfast, en Irlande du Nord. Romancière, elle a fait ses études à Londres, Basel, Paris et Montréal. Elle détient un doctorat en littérature anglaise de l'Université de Londres. Romancière et traductrice, elle est l’auteur de trois romans ainsi que de trois essais littéraire et a traduit, entre autres, le récit de Louis Gauthier, Voyage en Irlande avec un parapluie. Elle est la fondatrice de la Fondation Metropolis bleu, la propriétaire de Linda Leith Éditions et est la directrice du magazine numérique Salon .ll. À trois reprises, elle a remporté le Prix du Gouverneur général, notamment pour la traduction de son récit autobiographique Épouser la Hongrie (trad. Aline Apostolska, en 2004). .

 

 

Journaliste de 44 ans, co-fondateur d’un site Internet en langue tibétaine qui fait la promotion de sa littérature et de sa culture, il purge depuis 2009 une peine de 15 ans de prison pour « divulgation de secrets d’état ». Aucun avocat n’a été autorisé à l’aider à faire appel. Transféré en août dernier vers une prison où les conditions de détention sont réputées plus sévères, sa famille n’a accès à lui que 30 minutes tous les deux mois; elle le voit derrière une vitre et doit lui parler par interphone en chinois, langue que sa mère ne maitrise pas.