2004 : DÉDICACE DU LIVRE LA FEMME DE BERLIN
   

Monsieur Ganji,

C'est depuis le décor flamboyant de « l'été des indiens », dans les montagnes des Laurentides, que je vous écris en essayant d'imaginer les heures de solidude et de privation qui s'écoulent pour vous, homme d'action, dans votre geôle, séquestré loin des vôtres depuis tant d'années.

N'ayant jamais vécu ni l'ostracisme ni la privation d'aucune liberté, les pires images m'assaillent, convaincue qu'elles ne sont que le pâle reflet de ma vérité qui doit être loin de la vôtre.

Si vos idées, vos mots et votre présence à la Conférence de Berlin ont frappé votre gouvernement comme des coups de cravache, c'est dire l'importance de leur implication dans un pays où la peur de la vérité, si différente soit-elle, donne droit à tous les abus contre la personne.

Je ne m'étendrai pas sur les grands principes de la liberté que vous connaissez mieux que moi, ni sur la signification des mots peur, emprisonnement, harcèlement, arbitraire, torture, complot, mensonges, obscurantisme... Vous pourriez en écrire un dictionnaire.

Toutefois, en vous offrant mon livre et, ainsi, un peu de moi, je vous propose une halte dans l'imaginaire qui vous rappellera que quelle que soit l'époque, les hommes n'ont eu de cesse de s'attaquer à la Vérité, parce qu'elle est le Pouvoir des pouvoirs, la Force des forces.

Amicalement,

Pauline Vincent 10 octobre 2004




    Pauline Vincent     Akbar Ganji (Iran)
 
 


Pauline Vincent est essentiellement connue pour sa carrière dans le domaine du journalisme et des communications.

Elle fut successivement animatrice, reporter, chroniqueur et recherchiste à la radio et à la télévision. Puis, après avoir oeuvré pendant cinq ans dans le monde des affaires, elle revient au journalisme : elle devient correspondante à Paris et à Rome pour Le Petit Journal, critique aux Arts et spectacles et directrice adjointe aux pages féminines du Journal La Patrie, collaboratrice à Perspectives, Le Journal de Montréal et Le Devoir.

Dans le domaine des communications, elle a travaillé au sein de plusieurs firmes de relations publiques. Elle a également occupé le poste d'attachée de presse et de conseillère ministérielle, à Ottawa.

Pauline Vincent a reçu, en 1998, la médaille d'or du Rayonnement culturel de la Renaissance française au titre des Lettres françaises, qui est sous le haut patronage du Président de la République française et des Ministres des Affaires étrangères, de l'Intérieur et de l'Éducation nationale.

Elle a participé à la création de l'Association des auteurs des Laurentides dont elle est présidente.

 

 


Journaliste âgé de quarante-deux ans, il a participé en avril 2000 à la conférence de Berlin sur le thème « l'Iran après les élections ». Il a été incarcéré et condamné pour cette participation.

Akbar Ganji a été accusé d'avoir « participé à un complot contre la sécurité nationale » de « collaboration avec des groupes contre-révolutionnaires », « propagande contre l'État » et « insultes envers l'islam ». Il aurait notamment déclaré que « l'histoire de l'humanité a démontré que la démocratie ne pouvait être instaurée par des moyens révolutionnaires et que les révolutions et les révolutionnaires n'avaient pas réussi à mettre en place des gouvernements démocratiques ».

Maintenu à l'isolement pendant une longue période avant son procès, il a été condamné en décembre 2000 à dix ans d'emprisonnement. Sa peine a été ramenée à six mois d'emprisonnement en mai 2001. Bien qu'il ait purgé toute sa peine, il n'a toutefois pas été libéré et un nouveau mandat de dépôt a été décerné à son encontre en liaison avec les livres qu'il a précédemment écrits, alors qu'il était toujours incarcéré. La décision de la cour d'appel a été portée à six ans d'emprisonnement.

Lors du procès, en novembre 2000, l'avocat a affirmé qu'Akbar Ganji avait été maltraité en prison et il a déposé une plainte contre le chef du pouvoir judiciaire à Téhéran. À la connaissance d'Amnistie internationale, aucune enquête judiciaire indépendante n'a été ouverte.

Akbar Gandji est considéré par Amnistie Internationale comme un prisonnier de conscience. Auteur du best-seller Le Cachot des fantômes, il est aussi récipiendaire du prix canadien des journalistes pour la libre expression 2000 et membre d'honneur des Centres PEN canadien, américain et anglais.

Source : Amnistie internationale et PEN international Caselist january-june 2004