2016 : DÉDICACE du livre de Marie Hélène Poitras pour Ashraf Fayadh (Arabie saoudite)
   

 

Cher Ashraf,

Je t’écris de Montréal, grise sous les feuilles dorées d’automne.
Je pense au poids des mots que nous écrivons, à leur voyage et à leurs conséquences. Je veux d’abord te manifester mon appui et te dire que nous pensons à toi, qu’il y a, ici, au cœur de la ville, une chaise vide à ton nom, une communauté de lecteurs et d’écrivains qui veillent tes pensées et ta poésie, et qui les protègent, qui prennent le relais de l’indignation. Je ne sais pas comment fonctionnent les choses en Arabie Saoudite, je voudrais tant pouvoir faire plus. Je te souhaite de pouvoir écrire librement à nouveau. Que ce geste de la main qui s’accorde aux pensées puisse redevenir cette fête que nous savons. En attendant, puisses-tu trouver l’espoir et la force de tenir bon, de t’accrocher. Dépose le poids de l’injustice sur nos épaules quand il fait trop sombre. Nous t’enverrons un trait de lumière et un rayon de paix.

Avec tout mon respect et ma solidarité,

Marie Hélène Poitras





 
  Marie Hélène Poitras
(Québec)

   

Ashraf Fayadh
(Arabie saoudite)

 
 

© LePigeon


Marie Hélène Poitras est une écrivaine montréalaise née en 1975 à Ottawa. Elle vient de publier Les superbes, un essai consacré à la question du succès des femmes. Paru en 2012, son roman Griffintown lui a valu le prix France-Québec. Publié en France chez Phébus, ce livre traduit par Sheila Fischman est paru en anglais au printemps chez Cormorant. Marie Hélène Poitras est également l’auteure du recueil de nouvelles La mort de Mignonne et autres histoires et d’une série pour adolescents intitulée Rock & Rose. Traduit en espagnol, en anglais et en italien, son premier livre, Soudain le Minotaure, lui a valu le prix Anne-Hébert en 2003.

 

 

Originaire de Palestine, le poète et artiste Ashraf Fayadh a été arrêté en 2013 à sa résidence d’Arable saoudite, suite à une dénonciation affirmant que ses poèmes étaient blasphématoires. Il a été emprisonné en janvier 2014 et accusé d’encourager l’athéisme. Trois mois plus tard, il a été condamné à 800 coups de fouet et quatre ans de prison. La cour d’appel l’a condamné à mort en novembre 2015 pour apostasie - ou rejet de la religion -, mais en février 2016 la sentence a été renversée et sa peine commuée en 800 coups de fouets et huit ans de prison.