2014 : DÉDICACE du livre de Pauline Gélinas pour Dina Meza (Azerbaïdjan)
   

 

Tu es ma parole
celle que je n’ose prendre
et qui m’est permise sans camisole
ni fers ni cicatrices ou cendres

Je suis l’oreille sourde
de tes mots dits en l’interdit
Ta voix-crayon, ta voix-radio
de ta terre si affamée sourdent
sans planétaire ni faible écho
de tes jours qu’ils épient

Pour avoir dit :
chaque os devenu deux
chairs roses devenues bleues
dix doigts devenus peu
ventres tatoués d’Uzi ou de feu
Pour avoir décrié :
ma minière que tu bois
du lac empoisonné Yojoa
mon cyanure dans ton eau
mon mercure à ton cerveau
pour ton or sur ma peau
Pour, au coup d’État, n’avoir pas applaudi :
mon Harper accouru premier bénir ton Lobo
ils filent tes pas, hantent ton logis

Le rapt de ton frère de sang
n’a pu réduire à quia tes mots
Ils effleurent désormais tes enfants
pour que tu taises de leurs injustices les maux
Mais par-delà menace, traque et viol
tu as gardé souveraine ta parole

Ils ont pour eux de me savoir endormie
en mes chaînes de confort au Nord
Mes mots tus blindent de peur tes nuits
Mes quotidiens n’ont d’encre pour ton sort

Ton combat en l’arène de leur police
parfois secrète toujours armée
quand le claironnerai-je en mes rues ?
Mon confort jouit de l’abysse
qui garde à distance ta vérité
ton S.O.S. privé d’onde en la nue

Ce qui s’entend le plus crûment
des rues et rangs de ton Honduras
c’est le silence auquel je consens
devant la terreur qui te terrasse
c’est le café que je bois
cueilli par les spoliés que tu défends
c’est mon jean bien étroit
cousu des sueurs de tes enfants

Qu’en cette tribune je clame au moins ton nom
DINA MEZA ! DINA MEZA !
que j’épelle l’attelle greffée à ton dos
depuis 25 ans : épouvante et effroi
Leur jeu de prédilection :
horreurs promises qui affolent
Et malgré tout, tu tiens crayon
en débit de, tu prends micro
par-devers toi, tu gardes parole

Dina Meza, merci d’être cette voix
malgré la menace des barreaux
Ton courage me montre la voie...
que prend mon silence chez tes bourreaux.

Je t’offre en ces pages d’un livre comme l’air le combat que mènent les oubliés de Gaza-Palestine, eux aussi affamés, emprisonnés, torturés, qui m’ont permis de porter leur parole, la seule que j’ai osé prendre à ce jour.

Que l’espoir irréductible qui les anime te soit phare en les heures troubles. Et que ton exemple me soit leçon pour continuer de publier les maux de la réalité.

Pauline Gélinas



Tú eres mi palabra,
la que no me atrevo a tomar
y que me es permitida sin camisa de fuerza
ni hierros ni cicatrices ni cenizas.

Soy el oído sordo
de tus palabras prohibidas,
Tu voz-lápiz, tu voz-radio
De tu tierra tan hambrienta manan
Sin planetario ni débil eco
De tus días que espían.

Por haber dicho :
Cada hueso vuelto dos,
Carnes rosas vueltas moradas,
Diez dedos vueltos pocos,
Vientres tatuados de Uzi o de fuego;

Por haber denunciado :
mi minera que bebes
Del lago envenenado Yojoa,
Mi cianuro en tu agua,
Mi mercurio en tu cerebro,
Tu oro en mi piel;
Por, al golpe de estado, no haber aplaudido:
Mi Harper primero en acudir para bendecir tu Lobo
Siguen tus pasos, atormentan tu hogar.

El secuestro de tu hermano de sangre
No pudo callar tus palabras.
Ahora rozan a tus hijos
Para que de sus injusticias tú calles los males.
Pero más allá de las amenazas, de las persecusiones, de la violaciones
Guardaste soberana tu palabra.

Tienen por ventaja el saberme dormida
En mis cadenas confortables del Norte.
Mis palabras calladas blindan de miedo tus noches.
Mis diarios no tienen tinta para tu suerte.

Tu combate en la arena de su policía,
A veces secreta, siempre armada
¿Cuándo lo pregonaré por mis calles ?
Mis comodidades disfrutan del abismo
Que mantiene alejados tu verdad
Tu S.O.S privado de onda en las nubes.

Lo que se oye con más crudeza
Desde las calles y caminos de tu Honduras,
Es el silencio en el que yo consiento
Ante el terror que te derriba,
Es el café que yo tomo
Cosechado por los expoliados que defiendes,
Son mis vaqueros bien estrechos
Cosidos con el sudor de tus hijos.

Qué por lo menos en esta tribuna
yo diga en voz alta tu nombre :
¡DINA MEZA! ¡DINA MEZA! ¡DINA MEZA!
Qué yo deletree la férula colgada en tu espalda
Desde hace 25 años : espanto y terror.

Su juego favorito :
Horrores prometidos que enloquecen.
Y a pesar de eso, tú sujetas el lápiz
Y a despecho de eso, tú tomas el micrófono
Y por encima de todo, tú guardas la palabra.

Dina Meza, muchísimas gracias por ser aquella voz
Pese a la amenaza de las rejas.
Tu valor me enseña la vía…
que toma mi silencio entre tus verdugos.

Te ofrezco en estas páginas de un libro como el aire la batalla que libran los olvidados de Gaza-
Palestina, también hambrientos, encarcelados, torturados, que me han permitido llevar su palabra, la única que hasta entonces me atreví a tomar. Qué la irreprimible esperanza que les anima sea para ti luz en las horas turbias. Y qué tu ejemplo sea para mí enseñanza para seguir publicando los males de la realidad.

Pauline Gélinas
Traducción : Christine Maurin




 
  Pauline Gélinas
(Québec)

   

Dina Meza
(Honduras)

 
 

© Maxime Gélinas


Pauline Gélinas est titulaire d’une maîtrise en science politique, spécialisation Proche-Orient, qui l’a conduite à l’ACDI, puis dans la bande de Gaza. De ce voyage, elle a ramené le récit La force du nombre, qui raconte la vie dans les camps de réfugiés palestiniens et peint les sentiers de fabrication des kamikazes. Après 15 ans de journalisme, notamment comme reporter à la radio de Radio-Canada et rédactrice en chef du Journal du Barreau, elle a été auteure de manuels scolaires en histoire et politique. En marge de sa création littéraire, qui comporte roman, récit, nouvelles, conte et poésie, elle prête sa voix à la fabrication de livres audio pour les aveugles.

 

 

Journaliste de 51 ans, défenseure des droits humains depuis 1989, elle dirige des médias numériques et anime sur une station de l’opposition l’émission ‘Des voix contre l’oubli’. Depuis 1986, elle est la cible de harcèlement et de menaces, et même d’une tentative d’enlèvement en 2013. Ces actes se sont multipliés depuis fin mai 2014 : elle est souvent suivie, menacée par téléphone et photographiée par des inconnus. Déjà récompensée par A.I. en 2007, elle enquête actuellement sur les atteintes aux libertés fondamentales au Honduras, notamment celles visant journalistes et défenseurs des droits humains. Elle accompagne les victimes dans leur quête de justice.