2011 : DÉDICACE de Martin Wincler à Sami Amin AL-Arian (États-Unis)
   


Cher Sami Amin AL-Arian

Nous ne nous connaissons pas, mais en lisant votre histoire je nous ai trouvé beaucoup de points communs. L’écriture, bien sûr, mais aussi l’enseignement, la quête identitaire, et l’engagement. Et en lisant ce qui vous est arrivé, j’ai ressenti un profond sentiment d’injustice.

Je ne sais pas ce qu’est la privation de liberté. Et si je n’ai jamais fait l’objet d’accusations graves et de poursuites en raison de mes convictions. Mais je sais la douleur que représente, pour un homme et sa famille, d’être désigné du doigt et écarté de la vie communautaire, et j’imagine à quel point cette douleur est encore plus grande quand on ne peut plus se déplacer en toute liberté. Je sais également que, de tout temps, concilier une activité pacifique – l’écriture, la poésie, l’enseignement – et le soutien aux opprimés a été un équilibre difficile et périlleux.

Je sais aussi que certains sujets sont, en eux-mêmes, émotionnellement explosifs. Je ne le sais que trop bien : je suis juif, et les questions que soulève la situation du peuple palestinien m’accompagnent depuis que je suis enfant.

Mais l’adulte que je suis croit profondément qu’il est honteux de harceler, d’emprisonner et de maltraiter des personnes en raison de leurs opinions, de leurs croyances, de leur culture ou de leur origine. À mes yeux, la vérité n’est pas univoque et, si elle existe, elle ne peut naître que de l’échange, du partage et de la libre expression de chacun. La confrontation pacifique – celle qui passe par les livres et la parole - est la voie la plus longue, la plus difficile, mais c’est la seule qui soit constructive et digne. C’est la seule qui respecte la vie.

Et c’est pourquoi, en souhaitant vivement que vous retrouviez bientôt la liberté, je vous prie d’accepter cette dédicace et ce livre, Plumes d’Ange, l’histoire de mon père, en signe de solidarité et de fraternité.

Sincèrement,

Marc Zaffran, alias « Martin Winckler »
Montréal, le 19 octobre 2011





 
  Martin Wincler
(Québec)
    Sami Amin AL-Arian
(États-Unis)
 
 

© Photo de Vincent Berville

Martin Winckler
(pseudonyme de Marc Zaffran) est né à Alger (Algérie) en 1955. Médecin de famille, il a exercé en milieu rural et à l’hôpital en France entre 1983 et 2008. Écrivain publié depuis 1989, il s’est fait connaître d'un grand public grâce à La Maladie de Sachs (P.O.L, 1998), adapté au cinéma par Michel Deville. Il est l’auteur de quarante livres (romans, nouvelles, essais sur le soin et les fictions télévisées). Il vit depuis 2009 à Montréal. Il a publié récemment Le Chœur des femmes (P.O.L, 2009), Les Invisibles (Fleuve Noir, 2011) et Profession Medecin de Famille (Presses Universitaires de Montréal, à paraître).


 

 



Sami Amin AL-Arian est professeur à la South Florida University. Il a publié des textes défendant le peuple palestinien dont il est issu. Il a été arrêté par le F. B. I en février 2003 pour avoir appuyé financièrement un groupe « terroriste ». En décembre 2005, un jury l'acquitte, le Procureur de l'État ayant reconnu qu'il n'existait aucune preuve contre lui.

Incarcéré après son acquittement, il choisit d'en finir, plaide coupable à une accusation d'aide non violente à un groupe classé comme terroriste et dit souhaiter être déporté. À nouveau accusé et condamné, cette fois pour refus de témoigner contre d'autres personnes, il devait être libéré le 11 avril 2008 et déporté. On lui signifia alors un nouveau subpoena et lui refusa un cautionnement sous le prétexte de son imminente déportation.

Il est toujours en résidence surveillée, sous ordre de déportation et cependant interdit de quitter le sol américain.

Source : P.E.N. international