2008 : DÉDICACE du livre de Marcel Dubé à Sayed Perwiz Kam (Afghanistan)
   



À Sayed Perwiz Kam

Ce livre de poèmes d’amour que je vous tends d’une main affectueuse, par delà l’espace qui nous sépare, ne vous soulagera malheureusement pas de l’injuste misère où vous vous trouvez, ne vous libèrera pas non plus des odieux sévices qui vous sont infligés.

On ne peut que souffrir et s’indigner d’apprendre que le jeune journaliste et étudiant que vous êtes, soit emprisonné et condamné à mort par une société aveugle pour des idées émises par quelqu’un d’autre.

Cette insoutenable méprise et cette opprobre nous couvrent les épaules d’un lourd manteau de honte, aussi insupportable que le visage hideux et avili de vos oppresseurs.

Dans un pays déstabilisé comme le vôtre, les risques sont décuplés de mourir sous de fausses représentations. Mais c’est l’un des sombre privilèges que s’accordent abusivement des pouvoirs décadents, de condamner arbitrairement des citoyens innocents.

Mais on m’apprend, ce jour, qu’il vous reste un espoir réel que justice vous soit rendue et que la lumière enfin traverse les murs de votre prison. Je vous souhaite du fond du cœur, monsieur, que votre liberté vous soit au plus vite rendue. Cette liberté qui convient si bien à votre jeunesse, cette liberté étant comme l’air que l’on respire, essentielle à la vie de tout homme ainsi qu’à sa pensée.

D’ici à ce que je reçoive confirmation de la bonne nouvelle, je veille avec vous.

Marcel Dubé, écrivain
Montréal, ce 17 octobre 2008




    Marcel Dubé (Québec)     Sayed Perwiz Kambakhsh ( Afghanistan)
 
 


(Montréal, le 3 janvier 1930) Marcel Dubé fait ses études secondaires au Collège Sainte-Marie de Montréal, chez les Jésuites. Dès 1949, il gagne le second prix au Concours littéraire l'A.C.J.C, pour un recueil de poèmes. En 1950, il commence à écrire des textes pour la radio, qui sont retransmis sur les ondes de Radio-Canada et sur celles de C. K.A.C. En 1951, il fonde avec des amis une troupe de théâtre, La Jeune Scène, et se consacre dès lors à l'écriture. Boursier du Québec en 1953, il voyage en Europe et se rend en France où il fait des stages dans les écoles de théâtre. Avec la présentation des pièces Zone (1953), Un simple soldat (1957) et Au retour des oies blanches (1966), sa réputation grandit. Il devient alors scénariste pour l'Office national du film (ONF), en plus d'être journaliste, auteur et réalisateur, pour la scène et la télévision. Dans les années 60 et 70, Radio-Canada lui consacre une série, Le monde de Marcel Dubé, présentant l’adaptation télévisuelle de plusieurs de ces pièces.

Récompensé à maintes reprises, Marcel Dubé remporte le Prix de la meilleure pièce canadienne au Festival régional d'art dramatique avec sa deuxième pièce De l'autre côté du mur en 1952, tous les prix au Festival d'art dramatique avec la création de Zone en 1953, le Prix Victor-Morin de la Société Saint-Jean Baptiste en 1966, le Prix Athanase-David en 1973, le Prix du Gouverneur général en 2005. Élu membre de la Société Royale du Canada en 1961 et membre de l’Académie des lettres du Québec, il est fait Officier de l’ordre du Québec et Officier de l'Ordre du Canada en 2001. Le Prix Hommage Québecor lui a été attribué en 2006. L’œuvre immense de Marcel Dubé (plus de 300 titres) se trouve au fondement de la culture québécoise moderne et reste une des plus marquantes de la dramaturgie au Québec.

 

 


Sayed Perwiz Kambakhsh, étudiant en journalisme à l’université de Balkh et reporter pour le journal Jahan-e-Naw ( Le Monde nouveau), a été arrêté le 27 octobre 2007 pour «  blasphème et diffusion de propos diffamatoires à l’encontre de l’islam », dans le nord de l’Afghanistan. Selon toute vraisemblance, la condamnation du journaliste serait liée à des « articles critiques » écrits par son frère, le journaliste Sayed Yaqub Ibrahimi, au sujet des violations des droits de l’homme commises par les autorités corrompues de la région.

Condamné à la peine de mort le 22 janvier 2008 à la suite d’un procès à huit clos et sans avocat, le jeune homme de 23 ans est détenu à la prison de Pul-e-Charkhi à l’est de Kaboul depuis le 27 mars 2008, date où sa demande de transfert a finalement été autorisée. Deux mois après son transfert, l’avocat de Sayed Perwiz Kambakhsh n’avait toujours pas eu accès au dossier de son client, l’empêchant par conséquent d’entamer la préparation de sa défense.

Le 21 octobre 2008 la Cour d’appel de Kaboul a commué sa condamnation à mort en 20 ans de prison, mais le journaliste est toujours reconnu coupable d’avoir imprimé et distribué des textes « blasphématoires » envers l’Islam et sa famille est menacée.

Source : Reporters Sans Frontières

PÉTITION