2003 : DÉDICACE DU LIVRE SQUEEGEE
   

Cher camarade,

Je suis libre comme l'air et vous êtes emprisonné depuis plus de dix ans. Cela m'impose une responsabilité. Des monstres froids et encagoulés vous ont bâillonné. Ils ne savaient pas qu'on ne peut mettre la poésie en cage, elle finit toujours par rejoindre le coeur des humains. Puisqu'on m'en fournit l'occasion, permettez-moi non pas de parler pour vous, mais de vous exprimer ma plus vive solidarité et de vous dire que votre voix m'a rejoint.

Puisque je suis libre, j'ai pu me rendre dans votre pays récemment et j'y ai vu ce pourquoi vous combattiez. J'ai vu la pauvreté d'un peuple fier et courageux et le combat des nations qui le composent pour conserver leur identité. La minorité riche, celle-là qui vous a emprisonné a peur. Et, comme tous les oppresseurs du monde à l'heure actuelle, elle se réfugie derrière des murs d'acier surmontés de barbelés électrifiés, croyant sans doute pouvoir ainsi se prémunir contre la colère du peuple. Cette aberration est un aveu.

J'aime croire que du fond de votre cellule, à l'exemple de Nelson Mandela, vous êtes plus libre que vos geôliers.

On parle peu du Pérù au nord des Amériques et le sort de vos compatriotes ne fait pas la une de CNN. Il faut voir pour comprendre. Mais, je sens qu'une rumeur gronde et que bientôt le Condor volera, de nouveau libre et souverain entre les grands sommets andins.

Fraternellement

Henri Lamoureux 11/2003




    Henri Lamoureux     Juan de Mata Berospi (Pérou)
 
 


Romancier, poète et essayiste, Henri Lamoureux a exercé diverses activités professionnelles dans les secteurs de l'assurance, de la finance et de la fonction publique québécoise. Il choisit cependant la marginalité à l'âge de vingt-cinq ans. Il devient syndicaliste et activiste social. À partir de 1968, ses activités communautaires l'associent à la naissance de plusieurs organismes populaires actifs dans le champ des droits sociaux, de la coopération, de la santé, de la culture et de l'éducation. Détenteur d'une maîtrise en éthique, Henri Lamoureux enseigne à l'Université de Montréal, à l'Université du Québec à Montréal et à l'Université de Sherbrooke. Il est également journaliste pigiste. Depuis 1977, il habite dans la région de Sutton, en Estrie. Jusqu'en 1979, sa carrière littéraire est reléguée au second plan, au profit de ses activités sociopolitiques et d'un long voyage d'étude portant sur l'autogestion et la coopération, qui le conduit en 1971 et 1972 jusqu'au Moyen-Orient où il travaille dans un kibboutz. Il a collaboré à de nombreux journaux et magazines à titre de chroniqueur littéraire et d'essayiste.

En 1967, à l'occasion de l'Exposition universelle de Montréal, Henri Lamoureux a été lauréat d'un des Prix Larousse-Hachette pour son essai sur Jean-Jacques Rousseau. L'année suivante, il a reçu un Prix de poésie décerné par la Société du bon parler français. Il a été membre du bureau de direction de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois, membre fondateur de l'Association des auteurs de la Montérégie de même qu'initiateur de l'Interrégionale des associations d'auteurs.

Source : L'Infocentre littéraire des écrivains - www.litterature.org

Pour en savoir plus

 


Poète et journaliste, directeur d'un périodique, El Informador, et d'une radio Radio Coma pour les populations d'une banlieue pauvre de Lima, et pour El Heraldo Huanuqueno. Ses anciennes affiliations au quotidien El Diario réputé près du Sentier Lumineux (guérilla terroriste) fermé en 1988, lui ont valu l'arrestation et sa condamnation le 10 juillet 1993 à 20 ans d'incarcération. Son procès a été mené par un tribunal de juges cagoulés. On l'a trouvé coupable de posséder une carte montrant le lieu où neuf étudiants et professeur avaient été exécutés et enterrés par des militaires, carte publiée par El Diario. Selon l'avocat de la défense, cette carte avait déjà été publiée alors que le journaliste avait de bonnes raisons d'enquêter un cas patent de violation de droits par les Services secrets militaires. L'accusé a toujours nié avoir quelque lien avec le Sentier Lumineux. Aucun document ni possession d'armes n'ont pu servir de preuves contre lui. La Commission présidentielle du pardon ne s'est pas prononcé sur son cas. D'où sa grève de la faim avec un collègue de prison, Antero Gargurevich Oliva. La maison de ses parents a été fouillée malgré les interventions des organismes des droits de l'homme en sa faveur. Une nouvelle loi de 2003 a eu pour objet de réduire à six années toute condamnation rendue par des juges cagoulés. Et pourtant, le cas de Juan de Mata Berospi n'a toujours pas trouvé de solution.