2017 : DÉDICACE de Mylène Paquette pour Mehman Huseynov (Azerbaïdjan)
   

 

22 octobre 2017, Montréal, Canada

Cher Mehman Huseynov,

Par mon livre, j’espère vous offrir un peu d’air frais, de soleil ainsi qu’une fenêtre sur l’horizon.

Puisque plusieurs ont été inspirés par mon histoire, j’aspire à vous transmettre un peu de mon courage à vous aussi.

Durant mon grand voyage à travers l’océan j’ai joui d’une immense liberté. Bien que j’eusse à ramer contre vents et marrées, je ne me suis jamais sentie captive de mon embarcation, si petite soit-elle.

Même si mon aventure eut été difficile, les tempêtes et les vagues immenses que j’ai rencontrées m’ont offert un cadeau des plus précieux au monde que je trimballe encore avec moi au quotidien.

À travers les secousses, j’ai constaté que la seule chose qui puisse demeurer intacte a été l’espoir que j’entretenais pour l’avenir.

J’ai choisi de cultiver ma meilleure attitude et mes espoirs les plus grands afin d’entretenir ma liberté intérieure, la liberté d’être moi-même. Étrangement, c’est grâce aux mauvaises fortunes que l’océan avait réservé pour moi que j’ai pu reconnaitre la grandeur de cette liberté.

L’immensité de l’océan impose de respecter la nature autour de soi, d’abandonner notre égo et d’espérer profondément que le beau temps revienne. Je conviens que la petitesse de votre cellule demande d’être encore plus imaginatif.

Bien humblement, je vous souhaite de ressentir la joie, je vous souhaite de sentir le courage raviver vos espoirs au quotidien.

Déjà, par votre expérience et l’angle avec laquelle vous entrevoyez l’avenir vous déplacerez des montagnes et contribuerez à changer le monde.

Vous êtes déjà le grand vainqueur dans cette bataille, car votre liberté intérieure est immense. Votre liberté de parole vous a peut-être couté cher, certes, mais elle permettra à d’autres de se sentir libres de parler, de s’exprimer, de dénoncer et surtout d’être eux-mêmes.

Mon petit voyage me semble soudainement bien ridicule et frivole à coté de votre œuvre. Mon aventure, mon ouvrage et mes rêves trouvent en cette dédicace un élan bien particulier. Ma dédicace pour vous me permet de croire que mon humble expérience puisse vous transmettre un peu d’espoir dans vos moments les plus sombres.

Car, même s’il fait noir, et qu’elle n’est pas accessible à votre regard, l’horizon est là, derrière les murs sombres de votre demeure. L’horizon c’est l’espoir. Et seul l’espoir peut permettre de percevoir la différence entre l’ombre et la lumière.

Je vous encourage à poursuivre votre bataille avec patience et détermination.

Vive votre voix! Vive votre liberté!

Dans l’attente de lire un jour votre histoire, bonne lecture à travers la mienne.

Mylène Paquette





 
  Mylène Paquette
(Québec)
    Mehman Huseynov
(Azerbaïdjan)
 
 

© Laurence Labatt


Mylène Paquette est entrée dans l’histoire en devenant la première personne du continent américain à traverser, en solitaire, l’Atlantique Nord à la rame.
Elle a eu l’audace de croire en ses rêves et de surmonter les obstacles qui se trouvaient sur sa route pour les atteindre.
Mylène Paquette découvre la navigation et la rame océanique à l’époque où elle travaille comme préposée aux bénéficiaires auprès des enfants malades du CHU Sainte-Justine. C’est d’ailleurs à la suite d’une conversation avec une jeune patiente qu’elle décide de passer à l’action, d’apprivoiser sa peur de l’eau et de réaliser son rêve.
Le 6 juillet 2013, après 5 années de préparations, d’aventures et d’efforts acharnés, Mylène quitte Halifax en Nouvelle-Écosse pour rejoindre la ville de Lorient en France, quelques 129 jours plus tard. Le 12 novembre 2013, son exploit est souligné et félicité par les médias du monde entier.
Elle est l’auteure du récit Dépasser l’horizon publié chez La Presse.

 




L'Azerbaïdjanais Mehman Huseynov, journaliste, blogueur et militant pour les droits humains, a été arrêté en janvier 2017 pour « outrage à agent » et battu par les policiers pendant sa garde à vue. Le lendemain, il a été déclaré coupable d'avoir désobéi aux ordres de la police et a reçu une amende de 120 US $. Après avoir ensuite dénoncé les policiers et porté plainte pour torture, il a été reconnu coupable de diffamation. En mars 2017, sans qu'aucune enquête n'ait été menée, il a été condamné à deux ans de prison.

Sources: Amnistie internationale et PEN International