2015 : DÉDICACE de Lise Gauvin pour Itai Dzamara (Zimbabwe)
   

 

Peut-être aviez-vous songé ce jour-là annuler votre rendez-vous chez le coiffeur. Trop de travail vous sollicitait. Vous voilà installé sur le fauteuil familier. Vous discutez du temps qu’il fait, des nouvelles locales. Le coiffeur vous parle de votre dernier discours à Harare, au cours duquel vous offriez votre solidarité au Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Vous comprenez que secrètement il vous approuve. À peine a-t-il commencé à vous savonner la tête qu’un groupe de cinq hommes fait irruption dans son salon et vous enlève. Personne n’a de nouvelles de vous depuis ce jour du 13 mars 2015. Votre combat comme journaliste indépendant et comme opposant au régime politique du président Mugabe est celui de tous les intellectuels devant les injustices et les abus des dirigeants. Vous avez osé affirmer une liberté de parole au risque de votre propre liberté. Ce risque vous fait honneur. Je m’associe à ceux qui vous soutiennent et souhaitent votre prompte remise en liberté. Pour vous accompagner dans vos moments de détente, s’il vous arrive d’en avoir, je vous envoie ces Parenthèses échappées d’un réel qui souvent nous étonne.

 





 
  Lise Gauvin
(Québec)
    Itai Dzamara
(Zimbabwe)
 
 

© Pascal Dumont


Essayiste, critique et nouvelliste, Lise Gauvin, ex-présidente de l’Académie des lettres du Québec et professeure émérite de l’Université de Montréal, a été reçue Officière de l’Ordre national du Québec en 2015 pour ses publications qui constituent une « immense fresque sur l’acte d’écrire en français tel qu’il s’inscrit dans les sphères littéraire, culturelle et politique ». En plus de son essai intitulé La Fabrique de la langue. De François Rabelais à Réjean Ducharme (Seuil, « Points-essais », 2004 et 2011), mentionnons, parmi ses derniers titres : D’un monde l’autre. Tracées des littératures francophones (2013), Aventuriers et sédentaires. Parcours du roman québécois (2012 et 2014), Le sursis, novella (2014) et Parenthèses, nouvelles (2015).

 




Itai Dzamara, journaliste, militant en faveur de la démocratie et dirigeant du groupe protestataire Occupy Africa Unity Square, était le rédacteur en chef et fondateur du journal Chef Nouvelles depuis 2008. Il a aussi travaillé pour diverses publications comme le Zimbabwe Independent, la Norme et le Zimbabwe. Dzamara a été enlevé en mars 2015 en banlieue de Harare quelques jours après sa participation à un rassemblement contre la détérioration des conditions économiques au Zimbabwe. Il demandait aussi la démission du président zimbabwéen Robert Mugabe. Des membres de sa famille et des avocats spécialisés dans les droits humains ont tenté en vain de le localiser. Il demeure introuvable.

(Amnistie internationale et PEN International)