2009 : DÉDICACE de Gilles Jobidon pour Chief Ebrima Manneh (Gambie)

   


À Ebrima Manneh,

Cette image qui me vient en pensant à vous, Ebrima Manneh. Le vol d’un papillon dans le matin de l’air. Et puis, presque tout de suite, le filet de soie blanche qui s’abîme sur lui, prisonnier. David contre Goliath. Un stylo Bic contre un AK47. L’histoire du monde. Vous manquez à l’appel depuis 2006. Je ne sais pas si j’écris à un vivant ou à un mort, Ebrima Manneh. Je vous écris quand même. On écrit toujours quand même. Vous le savez mieux que moi.

Un oiseau en cage. Un guépard pris au piège au milieu de sa course. Le pouvoir. Celui d’arrêter arbitrairement le mouvement de la vie, de la liberté libre, comme disait Rimbaud. Tout ça : l’Homme. La folie, la violence, la beauté du monde, tressés ensemble, sans espoir de rencontre souvent, de plus en plus souvent, il me semble, par les temps qui courent, par les temps qui flambent.

Vivant vous ÊTES, Ebrima Manneh. Vivant, toujours, dans le cœur de ceux qui pensent à vous, comme vous, qu’on ne pourra jamais faire taire la liberté libre, à travers les espaces de liberté qu’il reste, restera, grâce à des hommes comme vous, Ebrima Manneh. Votre nom, en écho, à travers tout ce bruit : Ebrimah Manneh, Ebrima Manneh, Ebrima Manneh.

Gilles Jobidon






 
© Josée Lambert
  GILLES JOBIDON
(QUÉBEC)
    CHIEF EBRIMA MANNEH(GAMBIE)
 
 


Il travaille depuis plus de vingt-cinq ans dans le milieu de la culture et des communications. Son premier roman La Route des petits matins a remporté le Prix Robert-Cliche en 2003, le Prix Ringuet 2004 de l'Académie des lettres du Québec et le Prix Anne-Hébert 2003.  Il a, depuis, publié deux romans, L'Âme frère (VLB 2005) et Morphoses (L'Hexagone 2006), et un recueil de nouvelles D'ailleurs  (VLB 2007)

Source : Site de l’Île (UNEQ)



 


Reporter pour le Daily Observer (pro-gouvernemental), il a été arrêté en juillet 2006 pour avoir transmis des informations dommageables à un journaliste étranger lors du Sommet de l'Union africaine à Banjul ce mois-là.  Il aurait été déplacé à partir de janvier 2007 vers d'autres institutions et on a perdu sa trace en juillet 2007, lorsqu'il recevait des soins au Royal Victoria Teaching Hospital de Banjul. Peu après, des officiers auraient déclaré qu'il 'ne verrait pas le jour suivant'. Les services de renseignement gambiens ont à plusieurs reprises nié détenir le journaliste. Le 5 juin 2008, la Cour de justice de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest a ordonné sa libération et condamné la Gambie à une amende. 

Sources : Amnistie internationale