2008 : DÉDICACE de Jade Bérubé pour Dina Meza (Honduras)

   

Chère madame Meza

Je vous écris aujourd’hui de mon petit bureau de travail alors que les grillons n’en peuvent plus d’appeler en vain le soleil sous ces tonnes d’orage. Je me demande bien comment vous parviennent le temps, et les brises, et les emportements de l’écriture à travers ces agitations qui prennent pour moi des allures de tranchées.

Je pense à vous depuis ce jour de mai où l’on m’a proposé de vous écrire, ce jour où les esprits fantasques et colorés de la littérature latino-américaine ont ricané douloureusement du fond de ces terres que j’imagine depuis mon enfance remplies de papillons. Il m’est difficile de concevoir que l’écriture survit dans la terreur, la mienne est si oisive que j’en suis, depuis votre présence en écho, presque gênée. Je me demande encore ce que vaut l’ivresse d’une phrase bien tournée lorsque l’existence bat, insoumise. Je vous offre toutefois mes mots pilés les uns sur les autres, voyez-les comme les dessins naïfs de mes pensées se frayant un chemin vers vous.

Au plaisir de vous savoir enfin libre,

Jade Bérubé




    Jade Bérubé     Dina Meza (HONDURAS)
 
 


(Montréal, le 9 juillet 1976) Titulaire d'un D.E.A en Esthétique, sciences et technologies des arts de l'Université Paris VIII, Jade Bérubé a également obtenu une maîtrise en théâtre de l'UQÀM. Elle a travaillé comme clown en Europe et dans une école pour enfants autistes, a composé des phonogrammes pour Radio-Canada .

L ’auteure collabore régulièrement à La Presse. Critique d'art, elle est l'auteure du recueil de nouvelles Le rire des poissons ainsi que du livre poétique Komsomolet, tous deux publiés aux Éditions Le Marchand de feuilles. À titre de performeuse, elle a participé à divers événements alliant littérature et oralité, comme le Festival Voix d'Amériques et le Festival International de Littérature (F.I.L).

Source :
www.marchanddefeuilles.com www.lactualite.com/culture



 


La vie de la journaliste hondurienne Dina Meza est actuellement menacée en raison de ses activités en faveur des droits humains. Membre de l’Association pour une société plus juste (Asociación para una Sociedad Más Justa, ASJ), Dina Meza y travaillait à titre de directrice de la revue en ligne «  Revistazo.com  » jusqu’en février 2008.

Dès le début d’une enquête menée pas l’association sur des infractions au droit du travail commises par des compagnies de sécurité privée, les membres de l’ASJ ont commencé à recevoir diverses menaces. Puis, le 4 décembre 2006, l’un des collaborateurs de l’association, l’avocat Dionisio Díaz García, a été tué par balle alors qu’il se rendait en voiture à la Cour suprême du Honduras. Il devait alors préparer une audience dans le cadre d’une affaire prise en charge par l’ASJ. Personne n’a été traduit en justice pour cet homicide.

Au même moment, les actes d’intimidation à l’égard de Dina Meza se multipliaient. Durant les mois – et plus particulièrement les jours – précédant l’assassinat de Dionisio Díaz García , Dina Meza, ses enfants, le défunt avocat ainsi que d’autres membres de l’ASJ avaient été suivis par des voitures sans plaque d'immatriculation. D ès lors, les menaces n’ont fait qu’augmenter. Le 20 décembre 2006, l a Commission interaméricaine des droits de l'homme a demandé au gouvernement hondurien de protéger les membres de l’ASJ mais les mesures de sécurité sont insuffisantes et les enquêtes ne mènent à aucun résultat concluant. E n juillet 2007, la section britannique d’Amnistie internationale a décerné un prix à Dina Meza, récompensant son travail en faveur des droits humains au péril de sa vie.

Source : www.amnesty.org