2004 : DÉDICACE DU LIVRE PARLE SEUL
   


Se?or Rivero,

Sachez qu'un défenseur de la liberté n'est jamais seul.

Continuez à résister à cette dictature qui affame, isole et contrôle votre peuple. Ne laissez personne atteindre votre intégrité intellectuelle ou morale. Un peu partout sur la planète, vos actions contestataires font couler l'encre. Il n'est qu'une question de temps avant que le peuple cubain découvre l'ignominie de ses dirigeants et la si grande valeur de votre combat.

Persistez, se?or Rivero. Un jour, l'oppression ne sera qu'un mauvais souvenir, tant pour vous que pour votre famille et ces individus formant le peuple cubain.

Se?or Rivero, le jeune écrivain que je suis vous remercie. Votre ténacité et votre désir de liberté sont un second sang qui irrigue mes veines. Sur ma terre d'Amérique, nombreux sont les sots qui prennent leur liberté pour acquise. Trop peu s'élèvent contre l'effritement accéléré de la liberté de presse depuis les grandes convergences. Trop peu protestent contre la propagande guerrière ou commerciale qui contamine nos principales sources d'information. Trop peu reconnaissent que l'Amérique marche à grands pas vers la tyrannie et la disparition de ses idéaux fondateurs. Les intellectuels, plutôt que d'assumer leur rôle de guides, sombrent dans la raison cynique sans réfléchir aux conséquences de leurs actes. Les artisans des médias électroniques, à qui un grand pouvoir échoit, se contentent de jouer les démagogues, par peur de perdre un public de plus en plus abruti.

Et face à cela, malheureusement, personne ne proteste.

La pensée unique est synonyme de mort pour l'esprit, peu importe la nature du discours qui l'anime. La tentation de s'y soumettre est insoutenable dans la mesure où personne n'a la force de défendre une pensée différente. Il suffit pourtant qu'une seule voix s'élève contre la mort du dialogue et la mort des idées pour faire naître le doute dans l'esprit des hommes trop certains d'eux-mêmes. Cette voix se?or Rivero, c'est la vôtre et tous les hommes doivent l'entendre.

Merci de persister dans votre noble lutte.
Merci de nous rappeler que la liberté est ce qu'il y a de plus précieux sur cette terre.

Bon courage, cher collègue. Bon courage.

Jean-Simon DesRochers 6 octobre 2004




    Jean-Simon DesRochers     Raúl Rivero Casta?eda (Cuba)
 
 


Jean-Simon DesRochers est écrivain et éditeur.

Il est également photographe et infographe. Il est l'auteur des recueils de poésie L'Obéissance impure (2001) et Parle seul (2003), publiés tous deux aux éditions Les Herbes rouges, et qui l'imposeront auprès du public comme l'une des voix fortes et originales de la relève littéraire.

Parle seul a mérité le Prix Émile-Nelligan 2003.

Il a aussi fait paraître en 2003 La Déclaration d'ouverture, un manifeste cosigné par plus d'une trentaine d'artistes, d'écrivains et de créateurs de la néo-génération. Il est également le concepteur et le fondateur de Dialogis, un organe de création et de diffusion culturelle unique au Québec.

François Charron, président du jury du Prix Émile-Nelligan 2003, a dit de Parle seul : « Pense, découvre, observe, dessine, médite, parle, autant d'impératifs par lesquels Jean-Simon DesRochers se dégage des chemins habituels pour nous faire entendre l'énigme d'une intériorité brûlante dans son absolue légèreté. »

 

 


Âgé de 57 ans, ce poète, bibliothécaire, est le directeur de l'agence de presse libre Cuba Press et le cofondateur du Manuel Marquez Sterling Journalists Society. Il fut condamné à 20 ans d'emprisonnement en 2003.

En compagnie d'autres intellectuels, Raúl Rivero Casta?eda a signé, avant son arrestation le 20 mars 2003, une lettre ouverte au gouvernement cubain, réclamant une plus grande ouverture et plus de liberté à Cuba. On suppose que c'est pour cette lettre, et pour d'autres crimes allégués, qu'il a été accusé « d'avoir agi contre l'indépendance nationale, d'avoir tenté de diviser l'unité territoriale cubaine, d'avoir écrit contre le gouvernement, d'avoir organisé des rencontres subversives à son domicile, et d'avoir collaboré avec le diplomate américain James Cason ».

Le 22 mai 2003, il a été rapporté que Rivero était détenu dans la noirceur complète dans une cellule de trois mètres carrés. En août 2003, on apprenait qu'il souffrait de problèmes de circulation sanguine et d'une sévère perte de poids. En septembre 2004, on confirmait que sa santé s'était grandement détériorée lors de sa détention.

Raúl Rivero Casta?eda a reçu plusieurs récompenses dont celle du PEN USA West Freedom to write Award 2003 et le prix Guillermo Cano de la liberté de presse décerné par l'UNESCO.

Dans l'édition 2001 de Livres comme l'air, Raúl Rivero Casta?eda avait déjà été jumelé à Claude Beausoleil.