2008 : DÉDICACE d’Alain Beaulieu pour Emadoldin Baghi (Iran)
   


Cher Emadoldin Baghi,

Vous trouverez dans ce livre tout mon amour des mots et du langage, ainsi que le respect que je porte à ceux qui, comme vous, en assument toutes les exigences – parfois même au péril de leur vie. Ces mots sont des portes que certains veulent garder verrouillées, des mains tendues qu’ils coupent à la machette, des têtes hautes et fières qu’ils giflent sans retenue, de la peau tannée par le soleil qu’ils fouettent et déchirent, un cri qu’ils étouffent, un baiser qu’ils condamnent. Je vous écris au nom de tous les miens, révoltés par les souffrances qu’on vous impose, pour que vous sachiez que vous n’êtes pas seul dans votre cellule. Même dans la nuit noire de Téhéran, nous sommes là, avec vous, et nous dansons, et nous chantons pour dire à vos accusateurs qu’ils n’ont pas gagné, que la vie est plus forte que la mort qu’ils portent en eux. Et quand le sommeil vient, nous nous étendons près de vous, fraternels, pour que la nuit soit bonne. Et nos esprits s’envolent, mêlés les uns aux autres, comme une nuée d’oiseaux. Libres… enfin libres.

Alain Beaulieu






    Alain Beaulieu (Québec)    

Emadoldin Baghi (Iran)

Libéré le 21 octobre 2008

 
 


(Québec, 1962) Alain Beaulieu est écrivain et professeur de création littéraire au Département des littératures de l’Université Laval. De 1981 à 1986, il est auteur-compositeur-interprète et présente une série de spectacles dans différentes salles du Québec. Il choisit néanmoins de poursuivre ses études universitaires. Pendant ses études, il fait de la radio comme animateur sur les ondes de CKRL-FM et travaille aussi comme journaliste-lecteur à la défunte station CKCV de Québec. Il collabore également à la programmation de la télévision communautaire de Québec (aujourd’hui le Canal Vox) à titre d’animateur et de réalisateur. Il publie des nouvelles dans la revue STOP de Montréal au début des années 90, puis un premier roman en mars 1997, Fou-Bar, suivi de plusieurs autres livres. Il écrit trois pièces de théâtre et remporte le Prix de la Ville de Québec–Salon international du livre de Québec à deux reprises (en 2006 pour Aux portes de l’Orientie et, l’année suivante, pour La Cadillac blanche de Bernard Pivot ).Depuis son entrée dans le monde de la littérature, Alain Beaulieu n’a jamais cessé de publier. Il a écrit pour la radio et pour le théâtre, et ses romans ont reçu une belle réception tant de la part du public que de la critique. Parallèlement à ses activités de création, il s’est impliqué activement dans la promotion et la diffusion de la littérature d’ici, donnant à ses consœurs et confrères écrivains des tribunes pour se faire entendre et rejoindre un plus vaste public. Cette implication dans la production d’entretiens radiophoniques et de spectacles littéraires, ainsi qu’au sein des associations représentatives des écrivains (UNEQ, CEAD et défunte APAQ), s’est orientée plus récemment vers l’enseignement de la création littéraire à l’Université Laval où il transmet à la jeune génération sa passion pour la littérature et la création artistique.

 


Journaliste et fervent militant contre la peine de mort en Iran, Emadoldin Baghi a été condamné, en 2000, à trois ans de prison pour « atteinte à la sécurité nationale ». En 2003, son journal Jomhouriat a été suspendu 2003. Un an plus tard, Emadoldin Baghi a été condamné, à nouveau, à un an de prison ferme par la 6e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran pour avoir publié un livre mettant en cause les autorités iraniennes dans l’assassinat d’intellectuels et de journalistes en 1998.

Le 14 octobre 2007, de nouvelles accusations sont exprimées contre le journaliste, le condamnant encore une fois. Selon son avocat, la 1 ère chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran l’accuse de « propagande contre le régime » et de « publication de documents gouvernementaux secrets obtenus avec l’aide de prisonniers détenus pour atteinte à la sécurité dans des établissements spéciaux ». Quelques mois plus tard, soit le 31 juillet 2007, la 6e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran le condamne à trois ans de prison pour « action contre la sécurité nationale » et « publicité en faveur des opposants au régime ».

Le 7 mai 2008, Emadoldin Baghi, 45 ans, a été victime d’un malaise cardiaque. Il a été hospitalisé à Téhéran avant de regagner, dans la soirée, la prison d’Evin. À son retour, le journaliste s’est rendu compte que ses livres, ses écrits et ses documents avaient été confisqués pendant son absence. Les gardiens ont également saisi les argumentaires qu’il avait rédigés pour assurer sa défense dans le cadre des poursuites judiciaires engagées contre lui.

Il a été libéré le 21 octobre 2008, mais doit toujours faire face à deux anciens procès, en cours de jugement.

En 2005, Emadoldin Baghi a été distingué par le prix des Droits de l’Homme de la République française.

Sources : Amnistie internationale
Reporters Sans Frontières