2016 : DÉDICACE de Mélanie Vincelette pour Domingos da Cruz (Angola)
   

 

Cher Domingos,


Quand on m’a parlé de toi j’ai perdu tous mes mots. Et j’ai pensé à ces lignes issues du sixième livre de la République de Platon qui représente un idéal et que je cite librement ici. 

« En premier lieu, n'est-il pas vrai qu'ils sont libres, que la cité déborde de liberté et de franc-parler, et qu'on y a licence de faire ce qu'on veut?

On le dit du moins, répondit-il.

Or il est clair que partout où règne cette licence chacun organise sa vie de la façon qui lui plaît.

C'est clair.

On trouvera donc, j'imagine, des hommes de toute sorte dans ce gouvernement plus que dans aucun autre. 

Comment non?

Ainsi, dis-je, il y a chance qu'il soit le plus beau de tous. Comme un manteau brodé d’ornements d’une variété de formes, offrant toute une variété des caractères, la cité pourra paraître d'une beauté enfin achevée. Et peut- être, ajoutai-je, beaucoup de gens, pareils aux enfants et aux femmes qui admirent les symboles, décideront-ils qu'il est le plus beau.

Assurément.»

Sache que tu es dans mes pensées.

Mélanie

 





 
  Mélanie Vincelette
(Québec)
    Domingos da Cruz
(Angola)
 
 

© Alexandra Bolduc


Mélanie Vincelette est née en 1975 à Montréal. Elle est l'auteur de deux romans Crimes horticoles et Polynie. Elle a remporté le Prix du jeune écrivain francophone, le Prix Adrienne Choquette, le Grand Prix littéraire Radio-Canada ainsi que le Prix Anne Hébert. Elle a fondé et dirige depuis maintenant plus de quinze ans les Éditions Marchand de feuilles ainsi que la revue littéraire Zinc.

 

 




L’intellectuel et écrivain angolais Domingos da Cruz travaillait pour l’hebdomadaire Folha 8, créé en 2014 pour défendre la liberté d’expression, et dans lequel il promouvait l’éradication non violente des dictatures. Il a aussi écrit Les outils pour détruire une dictature et en éviter une nouvelle, un texte jugé subversif. Il a été arrêté en 2015 avec seize autres militants alors qu’ils discutaient de violation des droits de l’homme et de problèmes de gouvernance sous l’actuel président. Ils ont tous été accusés de rébellion et en mars 2016, les dix-sept prisonniers ont été condamnés à l’emprisonnement; da Cruz a écopé d’une peine de huit ans et demi.