2014 : DÉDICACE de Michel Marc Bouchard pour Jihad Asad Mohamed (Syrie)
   

 

Cher Jihad Assad Mohamed. Tout nous éloigne. Nos langues et nos cultures, nos fois et nos traditions. Je connais la liberté; celle de penser, de dire, d’aimer, de rêver.  J’ai même le droit à l’insouciance et à l’égoïsme. Mon pays est en paix. Le vôtre est plongé dans l’enfer d’une guerre civile qui s’enfonce jour après jour dans une complexité chaotique. Ma famille, mes amis et mes collaborateurs savent où je suis mais, au moment où j’écris cette dédicace, aucun de vos proches ne sait où vous êtes détenu depuis octobre 2013. Vraiment tout nous éloigne. 

Mais, à l’instant où je lirai publiquement cette dédicace, nous serons plusieurs avec vous, où que vous soyez. Nous serons plusieurs à espérer votre retour afin que vous puissiez parcourir à nouveau le Kassium, que ce soit cette montage qui domine Damas ou les pages de votre journal.  Je vous souhaite libre, tout comme je le souhaite pour votre  pays.

Michel Marc Bouchard

Choix du livre :
Christine, la reine-garçon.

J’ai choisi ce texte parce que l’héroïne de cette histoire aspire à un meilleur futur pour son peuple malgré le dogme religieux et les diktats du pouvoir. Guidée par ses aspirations personnelles et son désir d’émancipation, lasse de la bataille en son pays, elle abdique de son pouvoir et quitte son royaume. Elle sera pour les uns symbole de liberté, pour les autres, symbole de trahison. Mais cette héroïne complexe a choisi de ne pas nuire à son peuple.

 





 
  Michel Marc Bouchard
(Québec)
    Jihad Asad Mohamed
(Syrie)
 
 

© Julie Perreault


Auteur dramatique, scénariste et maître d’œuvres d’expositions, on lui doit une vingtaine de pièces de théâtre dont certaines adaptées pour le cinéma; Les Feluettes, Les Muses orphelines, L’Histoire de l’oie, Tom à la Ferme et Christine, la reine-garçon. Ses œuvres, traduites en plus de dix langues, ont été jouées dans les plus importants théâtres québécois, canadiens et étrangers ainsi que dans les festivals internationaux les plus reconnus. Récipiendaire entre autres du Prix du Centre national des arts, du Primo Arte Candoni (Italie) et du prix de la SACD (Paris), il a été reçu Officier de l’Ordre du Canada en 2005 et Chevalier de l’Ordre du Québec en 2012.

 

 




Journaliste et ancien rédacteur en chef du magazine communiste Kassium, il est disparu depuis le 10 août 2013. Dans ses écrits, il s’était prononcé en faveur d’une réforme en Syrie. Il avait été convoqué pour être interrogé par la Sûreté de l’État après avoir donné une interview à une chaîne d’information russe. Il se savait surveillé et craignait d’être arrêté. Sa santé est en danger car il souffre de plusieurs intolérances alimentaires, doit suivre un régime strict et prendre des médicaments contre les allergies. Il est disparu dans une zone qui était à l’époque sous le contrôle du gouvernement syrien.