2000 : DÉDICACE DU LIVRE, LES FEMMES ET LA GUERRE
   

Dans ce livre sur Les Femmes et la guerre, la parole est donnée à ces femmes qui, comme vous, savent braver la censure et affirmer leur droit à une existence faite de liberté de pensée et de mouvement. Comme vous, elles savent que la plus grande guerre mondiale est celle faite aux femmes par les intégrismes religieux qui tentent, avec des moyens perfides, de les asservir. Qu'elles soient du Kosovo, de la Bosnie, de la Palestine, du Liban, du Pakistan ou du Sri Lanka, elles sont aujourd'hui nombreuses à dire, comme vous : NON ! Non aux crimes contre l'humanité que sont les viols de femmes ! Non aux « mariages arrangés » et aux « meurtres d'honneur » ! Non aux prisons corporelles où les « Fous de Dieu » veulent barricader les femmes, de la tête aux pieds ! Non à l'excision, torture des chairs et meurtre des jouissances !

De votre Bangladesh, vous avez osé dénoncer tout cela, vous avez écrit : « Femmes, libérez-vous des morsures de la peur ». Vous avez osé demander que l'état laïque de citoyens égaux de femmes et d'hommes remplace celui, intégriste islamiste, qui régit tous les codes et toutes les lois de votre société. Comme tant d'autres femmes, dont mon livre témoigne, vous avez osé exiger des lois garantissant aux femmes les mêmes droits que ceux réservés aux hommes. Et vous avez raison, contre tant de déraisons. J'admire votre lucidité.

Mais eux, vous ont répondu par un FATWA, cette arme de guerre des fondamentalistes pervers. Et par votre courage, vous avez contribué à éveiller de mondiales solidarités.

Espérons qu'un jour, pas trop loin, cette grande guerre faite aux femmes, dont vous êtes l'une des vaillantes victimes, saura se terminer. Elle demeurerait alors, dans la mémoire de nos enfants, au même titre que la terrible Inquisition moyenâgeuse, cette fondamentale épreuve des temps modernes dont l'humanité, pour sa survie, serait enfin libérée.

Madeleine Gagnon




    Madeleine Gagnon     Taslima Nasreen (Bangladesh)
 
 


Poète, romancière et critique, Madeleine Gagnon commence ses études au Conservatoire de musique de Québec à seize ans, alors qu'elle étudie le piano avec bonheur depuis l'âge de sept ans. Sa vie s'inscrit « au coeur de la lettre » où l'histoire se nourrit des récits d'ancêtres hurons mythiques de la vallée de la Matapédia, à Amqui, « là où les eaux s'amusent » et là où elle nait. L'écriture prend ainsi rapidement de l'importance et Madeleine Gagnon opte pour des études littéraires tout en poursuivant ses études musicales jusqu'à 21 ans. Elle obtient son baccalauréat ès arts (lettres) en Acadie en 1959, sa maîtrise en philosophie à l'Université de Montréal en 1961 et, finalement, son doctorat ès lettres à Aix-en-Provence en 1968. Elle est professeure de littérature à l'Université du Québec à Montréal de 1969 à 1982. Depuis ce temps, elle est professeure invitée et écrivaine en résidence à l'Université de Montréal, à l'Université de Sherbrooke et à l'Université du Québec à Montréal et à l'Université Rimouski. Elle a collaboré, entre autres, aux revues Chroniques (revue qu'elle a fondée avec Patrick Straram le Bison ravi), Liberté, La Nouvelle Barre du jour, Possibles, Osiris, Dérives, Estuaire, la Chambre blanche, Résistance, Urgences, Passages, In'hui (France) et Actuels. Madeleine Gagnon a fait plusieurs lectures publiques de ses textes, elle a écrit des textes radiophoniques et effectué plusieurs tournées de conférences au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ses textes sont cités dans des anthologies canadiennes, françaises, italiennes et américaines.

Madeleine Gagnon a obtenu en 1986 le Grand Prix de poésie du Journal de Montréal pour son livre Les Fleurs du Catalpa, le Prix Arthue-Buies du salon du livre de Rimouski en 1990 et, en 1991, le Prix Artquimédia de la ville d'Amqui et le Prix du Gouverneur général du Canada, catégorie poésie, pour Chant pour un Québec lointain. Elle a reçu en 2001 le Prix Marcel-Couture pour l'essai Les femmes et la guerre. En 2002, elle se voit attribuer le Prix Athanase-David. Depuis 1987, elle est membre de l'Académie des lettres québécoises. Elle est membre de l'Association des auteurs et compositeurs canadiens depuis 1978 et de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois depuis 1977.

Source : L'Infocentre littéraire des écrivains - www.litterature.org

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Écrivaine et journaliste du Bengladesh, Taslima Nasreen (ou Nasrin) avait quitté son pays pour la Suède en 1994, les fondamentalistes musulmans estimaient que son livre La Honte blasphémait le Coran.

Rentrée en 1998, elle a vécu cachée dans une maison et ne s'est pas montrée en public, à l'exception d'une apparition en novembre devant un tribunal de Dacca où elle devait répondre d'une accusation de blasphème datant de 1994. Elle a par la suite été laissée en liberté sous caution.

Au début de 1999, elle a dû de nouveau quitter le Bengladesh pour se réfugier en Suède, à la suite de nouvelles menaces de mort d'extrémistes musulmans. Plus tard au cours de cette même année, le Bengladesh a interdit un de ses nouveaux livres, estimant que cet ouvrage pourrait blesser les sentiments de la majorité musulmane de ce pays. Ce livre, Amar Meyebela en langue bengalie (Les Jours de mon enfance), a été jugé «pornographique» par un quotidien de Dacca, Ajker Kagoj.

Avec Salman Rushdie, elle symbolise la liberté de pensée et de créer en face de tous les intégrismes. Des procédures judiciaires engagées contre elle dans son pays durent toujours. La menace pèse donc toujours sur elle.