2018 : DÉDICACE de Jacques Goldstyn à Amanuel Asrat (Érythrée)
   

 

Mon cher Amanuel,

Je t’avoue humblement qu’il y a quelques jours à peine, j’ignorais ton nom. Mais grâce à toi, j’en connais maintenant plus sur l’Érythrée que n’importe quel agent de voyage.

En lisant ton parcours, j’ai été estomaqué. J’ai cru que c’était une réécriture du Procès de Kafka.

Joseph K., c’est toi.

Sans être accusé de quoi que ce soit, ça fait 17 ans que le Front Populaire pour la Démocratie et la Justice (pur chef-d’œuvre de la Novlangue) te retient prisonnier …incommunicado .

Au moins, si tu avais écrit des pamphlets terroristes ou des tracts appelant à la guerre civile, j’aurais compris. Mais Amanuel, tu écris des poèmes, tu as fondé un sympathique club littéraire (le souper du samedi) et tu es un estimé critique d’art dans ton pays.  J’ai beau retourner tes états de fait dans tous les sens, la seule explication plausible pour justifier ta détention, c’est que les autorités qui ont une sensibilité à fleur de peau, et qu’ils ne partagent pas tes choix artistiques….

Voilà ce qui a mené à cette destinée absurde et cauchemardesque.

Pour ma part, je rêve. Je rêve d’une immense vague de lettres de soutien qui s’abattrait sur ta prison d’Asmara. Une vague comme celle qui sauve le Prisonnier sans Frontières. Des lettres se grefferaient à tes bras et t’emporteraient loin de l’Érythrée, République Unitaire à Parti Unique Populaire…. Calvaire!

Et un jour, un jour tu reviendras dans ton pays quand il se sera enfin extirpé de ses tyrans kafkaïens.

- Jacques Goldstyn

 





 
  Jacques Goldstyn
(Québec)
    Amanuel Asrat
(Érythrée)
 
 

© Nadine Gagnon

Géologue, Jacques Goldstyn a trouvé de l’or en Abitibi et du pétrole en Alberta.

Bédéiste à Les Débrouillards, il a enfanté Beppo la grenouille et Van l’inventeur. Ses caricatures politiques, signées Boris, paraissent entre autres dans The Gazette et Relations. Il écrit et illustre des contes dont Le petit Tabarnak, L’Arbragan, Le Prisonnier sans frontières et Azadah.

Il a remporté le Prix du Gouverneur général, le Prix jeunesse des libraires du Québec et deux fois le Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal.

Il collabore avec Amnistie Internationale depuis 15 ans.

Il collectionne toujours les cailloux bizarres et aime nager dans les marais.

 




Le poète et journaliste érythréen Amanuel Asrat, critique et rédacteur en chef du journal Zemen, Le temps, est né à Asmara en 1971. Il a été arrêté en 2001 lors d'une campagne de répression à l'encontre des médias publics et privés. Il a été enfermé six mois dans un poste de police, puis transféré dans une prison à haute sécurité. Depuis, il n’a jamais donné de nouvelles. Il serait détenu sans aucune accusation et sans avoir bénéficié d'un procès. Personne ne sait s’il est mort ou vivant. En 2016, Amanuel Asrat a reçu in absentia le prix Oxfam Novib / PEN pour la liberté d'expression.

Sources :  PEN International