2017 : DÉDICACE de Bernard Gilbert pour Ahmet Altan (Turquie)
   

 

Cher Ahmet Altan,

Au Québec, à moins de diffamer ou de menacer nommément quelqu'un, la liberté d'expression dont nous jouissons réduit presque à néant les chances d'être arrêté. Alors que la Turquie d'Erdoğan vous accuse d'avoir « passé des messages subliminaux à la télévision » pour encourager la sédition.

De telles accusations sont désespérantes. Malgré cela, votre attitude demeure exemplaire.

Avant le début de votre procès, vous écriviez ceci : « Je vous écris ces mots d'une cellule de prison. Mais je ne suis pas en prison. Je suis écrivain. » Ces quelques phrases, extraites d'un texte plus long, disent comment l'écrivain peut, grâce à l'écriture et à l'imagination, faire abstraction de sa cage.

« Je suis le passe-muraille », écrivez-vous encore.

Vous lire m'a donné le frisson...

Loin à l'ouest, à notre manière, nous sommes solidaires. Je vous souhaite non seulement de traverser les murs, mais surtout qu'ils disparaissent. Le président et ses acolytes ne réussiront pas à museler la conscience humaine.

Bernard Gilbert
Dédicace du roman Pygmalion tatoué

 





 
  Bernard Gilbert
(Québec)
    Ahmet Altan
(Turquie)
 
 

© Renaud Philippe

Bernard Gilbert a publié une dizaine de livres. Son second polar, Quand la mort s'invite à la première (Québec Amérique, 2010) a été finaliste pour le prix Arthur-Ellis. Il a écrit trois ouvrages sur les opéras d'Ex Machina, dont Le Ring de Robert Lepage (L'Instant même, 2013), finaliste pour un prix Opus. Son troisième roman, Pygmalion tatoué, est paru en 2016 (Druide). Comme gestionnaire, il a dirigé le Théâtre Périscope et le Carrefour international de théâtre. Directeur de la Maison de la littérature depuis 2013, il a récemment été nommé directeur général du Diamant, qui ouvrira ses portes à Québec en 2019. Il est vice-président du Centre québécois du P.E.N. depuis 2015.

 




Anciennement rédacteur en chef de Tara(, un journal aujourd'hui fermé, Ahmet Altan est un écrivain et journaliste turc. En septembre 2016, il a été placé en détention pour avoir « envoyé des messages subliminaux » aux putschistes lors d'un débat télévisé qui avait eu lieu la veille de la tentative du coup d'État de juillet. Il a été libéré 12 jours plus tard, mais emprisonné dès le lendemain et accusé « d'appartenance à une organisation terroriste et de tentative de renverser le gouvernement ». Il ne peut avoir aucune correspondance avec le monde extérieur et les rencontres avec son avocat sont limitées et surveillées.

Source: Amnistie internationale