2016 : DÉDICACE de François Hébert pour Azimzhan Askarov (Kirghizistan)
   

 

Je ne vous connais pas personnellement, mais vous m’êtes sympathique en tant que peintre, en tant que journaliste et en tant que travailleur humanitaire, et je vous connais intimement par là, mais aussi par vos souffrances que je devine, endurées pour les causes que vous défendez. J’ai votre âge et une femme et trois enfants comme vous, j’ai une vie facile, je n’ai d’autre prison que celle de ma liberté et de l’usage que j’en fais, et je puis voyager dans le monde et dans les mots et les idées et apprendre à me connaître au contact de mes frères et sœurs humains, tandis que vous, Azimzhan, on vous prive de tout cela, et je voudrais que mon petit livre de poèmes, avec mes sorties dans le monde, vous soit un baume pour l’âme, en attendant d’être un peu du métal d’une clé pour votre sortie de la prison et vos retrouvailles avec votre femme, Hadicha, et vos enfants.





 
  François Hébert
(Québec)
    Azimzhan Askarov
(Kirghizistan)
 
 

© Martine Doyon

François Hébert a enseigné la littérature à l'Université de Montréal et y a animé des ateliers d'écriture. Il a dirigé la revue Liberté, et il a été critique de poésie à Radio-Canada et de romans au Devoir. Il a publié une vingtaine d'ouvrages dans divers genres, et récemment : un récit de voyage, De Mumbai à Madurai, des poèmes, Où aller, et pour les jeunes de cœur, Les demoiselles d’Angrignon, un abécédaire et une galerie de personnages faits de matériaux récupérés. Il a également collaboré à des œuvres multimédias pour le Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal et Moment Factory.

 

 



L’avocat et journaliste Azimzhan Askarov, d’origine Ouzbèke, a été arrêté alors qu’il enquêtait sur les violentes échauffourées qui ont éclaté à l’été 2010 entre les Kirghizes et la minorité ouzbèke du Kirghizistan. Il a été accusé d’incitation à la haine et de complicité pour meurtre. Il a été condamné à l’emprisonnement à vie. En juillet 2016, la cour suprême a révoqué la sentence et accepté de rouvrir le dossier. L’activiste avait fondé l’ONG Vozduh ou Air en 2002 pour dénoncer la violation des droits humains dans les prisons kirghizes. Ses dénonciations avaient mené à la rétrogradation de plusieurs agents carcéraux.