2000 : DÉDICACE DU LIVRE, FAKIR DU FEU
   

Voici Fakir du feu, qui est un livre que j'ai écrit dans une phase plutôt heureuse de ma vie. C'est un livre habité par la lumière, par des images de feu qui éclatent presque à chaque vers. Il y a dans ce livre un bonheur tangible, qui questionne les limites de son expression.

Si j'ai décidé de vous faire parvenir ce livre c'est que la poésie qu'il contient me semble le seul message sur la liberté d'expression que j'oserais vous offrir. Il faut comprendre que je suis un poète du Québec, donc d'une société où l'on entend souvent, du moins de par ses discours les plus officiels, l'idée selon laquelle nous vivons dans un pays libre, dans le pays le plus libre au monde. De toute évidence, les écrivains ici jouissent de la liberté de dire ce qu'ils veulent, sauf que cette liberté à bien des égards reste illusoire car elle ne vaut rien, c'est-à-dire que si j'exerce ma liberté d'expression, si je parle, ma voix sera portée par les vagues du brouhaha de toutes les voix, ici, qui parlent en même temps. Ici, j'ai bien peur que tout le monde parle, mais que personne n'écoute.

Au bout du compte, les paroles de feu, les paroles d'incendie, de vies qui émergent, sont mots perdus dans la vallée du bruit. Ici on se perd dans le bruit. Dans la surmultiplication des informations qui rebondissent comme des échos dans nos cerveaux fatigués.

Il y a tellement de possibilités, de choses à faire et à dire qu'on en finit par aspirer au silence. Toutefois, le bonheur est possible, du moins on peut en rêver.

Ce feu qui habite ce livre est également celui d'une liberté qui se voit circonscrite dans les limites du paradoxe fondamental de l'écriture, à savoir que l'écriture demeure captive des mots qui en définissent sa substance, sa profondeur et sa portée. C'est au prix d'un ascétisme vigoureux que la parole s'arrache du silence et nous transporte, quelques instants, parfois, au centre de la joie, du bonheur, de l'émerveillement.

Tout comme il peut s'avérer très difficile de parler à quelqu'un qui a défié les autorités en disant quelque vérité et de ne pas ressentir comme une gêne, une pudeur, parce que, au fond, chez moi, la liberté se vend comme du savon, la liberté se vend comme une assurance. C'est un mot publicitaire, très souvent écrit avec un « y »...

Je ne veux pas dissimuler la gêne qui me tenaille en écrivant les mots de cette dédicace, car elle est partie prenant de ce que je suis dans un monde où il n'est pas permis de rêver autrement qu'en rond !

Bonne lecture.




    Mario Cholette     Jésus Joel Diaz Hernandez (Cuba)
 
 


L'Infocentre littéraire des écrivains - www.litterature.org

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Journaliste et directeur exécutif de la Cooperativa Avilena de Periodistas Independentes (CAPI) dans la province de Ciego de Avila. Arrêté le 18 janvier 1999 à son domicile de Moron par des officiers de la Police révolutionnaire nationale. Il a été condamné à 4 ans de prison le 19 janvier 1999.

Son arrestation et le procès dont il a été l'objet ont été précipités. En effet, il fut arrêté, jugé et condamné en... 48 heures. Le motif de l'accusation portée contre lui (dangerosité) laisse également songeur. Une tentative d'en appeler du premier jugement a échoué en des circonstances également déplorables : en raison d'une audience tenue tout aussi précipitamment, il n'a pu être représenté par un avocat qu'il aurait choisi; on lui a plutôt commis un procureur désigné par le gouvernement...

Détenu à la prison Canaleta, à Moron. Ses conditions de détention sont difficiles. Après avoir fait une grève de la faim, il a été confiné dans l'aire punitive de la prison. Les visites auxquelles il a droit sont limitées au minimum et il semble qu'on ne lui rende pas accessibles les traitements médicaux dont il a besoin.

Lauréat du Press Freedom Award remis par le Committee to Protect Journalists en octobre 1999.