2000 : DÉDICACE DU LIVRE, QUITTES ET DOUBLES, SCÈNES DE RÉCIPROCITÉ
   

Hier, j'ignorais votre existence.

Aujourd'hui, je vous entends sans jamais vous avoir lu.

Nous sommes étrangers et le resterons peut-être. Car vous avez pris la parole que nous ne prenons plus, nous les journalistes et écrivains et scripteurs d'un monde gavé d'une liberté vidée de ses risques.

Votre silence de force nous parvient d'une prison parce que vous avez, dit-on, « insulté l'armée ». Je me souviens d'avoir « insulté l'armée » ici et là au fil des jours; le pouvoir haussait les épaules et les lecteurs goûtaient ma fronde. De courage, je n'avais nul besoin. L'audace, pour nous, est souvent une forme de mondanité.

J'ai quitté le métier de journaliste parce que, entre autres mutations, il devenait léger de conséquences. Vous me contredisez.

Je n'ai, pour vous en donner raison, qu'à prendre aujourd'hui ce relais étrange entre les étrangers que nous sommes et qui le resteront peut-être.

Je vous propose mon dernier livre, qui n'a rien à voir. Ou si peu. Il a voulu traquer quelques racines de la cruauté naturelle des êtres quand ils sont les uns des autres, et les autres des uns.

Je vous souhaite de survivre, en Libre Afrique, à ce que la cruauté produit de plus troublant, l'injustice.

Lise Bissonnette




    Lise Bissonnette     Freddy Loseke Lisumba La Yayenga (Rép. Dém. du Congo)
 
 


Écrivaine, Lise Bissonnette poursuit des études universitaires en sciences de l'éducation à l'Université de Montréal de 1965 à 1970, puis des études doctorales à l'Université de Strasbourg et à l'École pratique des Hautes études à Paris. Reporter pour le quotidien Le Devoir à partir de 1974, elle devient correspondante parlementaire à Québec, puis à Ottawa, avant d'occuper la fonction d'éditorialiste, et, enfin, celle de rédactrice en chef en 1982. De 1986 à 1990, elle est journaliste indépendante et consultante, et elle collabore à plusieurs médias québécois et canadiens. Elle rédige une chronique hebdomadaire sur l'actualité québécoise pour le quotidien canadien The Globe and Mail (Toronto), ainsi que des chroniques mensuelles pour les magazines L'actualité et Montréal Magazine. Elle revient au Devoir en 1990 pour en prendre la direction. Lise Bissonnette participe régulièrement, à titre d'analyste, aux émissions d'affaires publiques des réseaux publics et privés de la radio et de la télévision, au Canada français et au Canada anglais.

Lise Bissonnette a reçu l'Ordre des francophones d'Amérique en 1993. Elle a été élue membre de l'Académie des lettres et des sciences humaines de la Société royale du Canada en 1994. Elle détient cinq doctorats honoris causa : de l'Université de Sherbrooke, de la State University of New York, de l'Université Concordia (Montréal), de l'Université Laurentienne (Sudbury) et de l'Université Laval (Québec). En février 2000, elle a été décorée de la Légion d'honneur française, puis, au mois de mars de la même année, elle a reçu le nouveau mérite d'honneur du français et de la francophonie en éducation, décerné par la ministre québécoise des Relations internationales, Louise Beaudoin. Elle est membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois.

Source : L'Infocentre littéraire des écrivains - www.litterature.org

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Éditeur de La Libre Afrique, il purge une sentence de trois ans sur la base de chefs d'accusation qui sont en violation de deux articles du droit à la liberté d'expression. Sa santé s'est grandement détériorée depuis son incarcération.

Il fut arrêté le 31 décembre dernier sous l'accusation de « trahison envers l'État », en raison de la publication de deux articles en août mettant en cause des officiers de hauts rangs de l'armée congolaise qui auraient comploté pour renverser le président Laurent-Désiré Kabila. Il fut maintenu en isolement durant trois mois sur une installation militaire, jusqu'à son transfert en mars 2000 dans l'attente de son procès. Il soutient avoir été battu et même torturé durant cette période, afin qu'il dévoile les sources de ses articles. Le 19 mai dernier, il fut condamné à trois ans de réclusion par un tribunal. L'accusation de « trahison envers l'État », passible de la peine de mort, fut remplacée au cours du procès par celle d'« insulte à l'armée ». Il n'a pas le droit d'interjeter appel et devra demeurer en prison jusqu'au 31 décembre 2002.

Le 1er septembre, Freddy Loseke a adressé de sa prison une lettre à Journaliste en danger, publié à Kinshasa, où il dit être très malade et souffrir d'une paralysie de sa jambe droite et d'insuffisance rénale. Le même jour, La Libre Afrique publia un communiqué de presse confirmant que des médecins ont diagnostiqué chez lui une insuffisance rénale, ce qui avait d'ailleurs été annoncé par le « Centre pénitencier et de rééducation » (où Freddy Loseke est incarcéré) dès la fin août. Loseke avait auparavant purgé de courtes sentences de prison en août 1998 et en mai 1999 pour ses activités de journalisme.