2014 : DÉDICACE du livre de Nora Atalla pour Dawit Isaac (Érythrée/Afrique)
   

 

l’histoire parjure la liberté
mon ami
les barreaux ont raison du firmament
le cœur bâillonné     les mots amputés
tu croupis dans l’injustice
et tu lèches la rouille de tes fers

par l’embrasure du ciel
dis-moi     quel oiseau te porte l’espoir

dans la noirceur     captif
ta plume éperdue dans les décrets
les dictats labyrinthiques     la mélasse politique
englouti     la parole garrotée
tu pagaies dans l’angoisse
et l’hébétude du reclus
les murs bétonnent ta solitude

entre les cisailles du cauchemar
mon ami dis-moi     quelle aile dissipe ta brume

un écheveau de barbelés déchiquette ta pensée
le rouge badigeonne les issues
je cherche ton numéro     ton visage
ta main parmi les écroués     les boulonnés
ton souffle caresse-t-il encore la lumière
par les meurtrières     ta vie fuit-elle mon ami
dis-moi

que sais-je de tes blessures hémorragiques
de l’espérance tranchée par ton bourreau
que sais-je du jour occulté
du proscrit     de l’exilé des frontières

et je dessine quelque soleil à te transfuser
ne serait-ce qu’un seul rai dans une artère
et je t’écris pour te dire tout l’amour
une volonté à t’infuser     par-delà le confinement

dis-moi mon ami
pour parvenir jusqu’à toi
suffira-t-il d’une unique enjambée
mon ami

history breaches freedom
my friend
bars defeat the firmament
heart gagged     words amputated
you rot in injustice
and you lick the rust from your chains

by the doorway of heaven
tell me     what bird carries you hope

captive in the darkness
your pen distraught by decrees
labyrinthine politics     molasses
engulfed     speech garroted
you paddle in anguish
and the dullness of reclusion
walls cement your loneliness

between the shears of nightmare
my friend tell me
what wing dissipates your haze

a tangle of barbed wire shreds your mind
red whitewashes all exits
I seek your number     your face
your hand among the imprisoned     the bolted
does your breath still caress the light
by the loophole     does your life flee my friend
tell me

what do I know of your bleeding wounds
expectations chopped by your executioner
what do I know of the overshadowed days
the outlaws     the deported from boundaries

and I draw some sun to transfuse you
if only one ray in an artery
and I am writing to tell you all the love
a willingness to infuse you     beyond containment

tell me my friend
to reach you
will only a stride suffice
my friend

 






 
  Nora Atalla
(Québec)

   

Dawit Isaac
(Érythrée/Afrique)

 
 

© Clode Lepage


Poète, romancière, nouvelliste, native du Caire, d’origine gréco-libanaise et franco-géorgienne, finaliste en poésie du Prix Alain-Grandbois 2014, Grand Prix international de Curtea de Argeş (2011) et aux Prix littéraires de Radio-Canada (2008), Nora Atalla est l’auteure de neuf ouvrages, dont trois recueils de poèmes publiés aux Écrits des Forges, soit La gestation de la peur (2011), Hommes de sable (2013) et Les ouragans intérieurs (2014). Elle a représenté le Canada à la Quinzaine de la Francophonie de Bamako et de Dakar, a été porte-parole du Québec à la Nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie et participé à plusieurs festivals internationaux de poésie (Trois-Rivières, Douala, Yaoundé, Cotonou, Curtea de Argeş).

 

 

Journaliste, écrivain et producteur de théâtre suédois-érythréen, la dernière fois qu’il a été vu vivant est en janvier 2010. Il a été emprisonné en septembre 2001 à Samara, lors d’une rafle du gouvernement contre des opposants. Des 11 journalistes arrêtés, sept sont morts en détention. Il avait co-fondé en 1997 le journal indépendant Setit. La Commission africaine des droits de l’homme a en mars 2013 enjoint au gouvernement d’étudier son dossier; sans résultat. Selon Reporters sans frontières, l’Érythrée, avec au moins 28 journalistes incarcérés est la plus plus grande prison d’Afrique. Le pays occupe la dernière position au monde quant à la liberté de la presse.