2012 : DÉDICACE du livre de Katia Canciani pour Éricson Acosta (Philippines)
   

 

Cher frère de plumes,

Pour vous, cette lettre adressée à un auteur dont les valeurs humanistes et les réflexions philosophiques ont nourri ma pensée au fil de ma vie.

Parce que vous rendiez compte, en tant qu’artiste, des atteintes aux droits de la personne dont sont victimes vos compatriotes, on a coupé vos rémiges. Parce que vous donniez une voix à ceux qui n’en avaient plus, on a emprisonné la vôtre. Mais il est des murmures qui savent s’élever au-dessus des murailles, Ericson Acosta. Vous êtes entendu. Loin, très loin, par-delà les océans.

J’ai la chance de vivre dans un pays où prévaut la liberté d’expression. Toutefois, rien n’est jamais acquis… Une insidieuse dérive s’opère ici en ce moment même, à force de loi spéciale où le droit de manifester se voit strictement balisé, à coups de gestes de mépris à l’égard des institutions démocratiques de la part de notre gouvernement. Dans une bien moindre mesure que dans votre pays, certes; mais votre combat me fait réfléchir. Peut-on savoir où s’arrêteront les dérives?

Je vous remercie de continuer à lutter pour une humanité plus juste, plus équitable, plus douce aussi, où poésie et musique bercent les étoiles la nuit venue.

Dans l’espoir de votre libération prochaine, recevez, Monsieur Acosta, mes vœux de santé et de courage.

Avec mon plus profond respect,

Katia

P.-S. Vous nous invitiez à composer le dernier poème de votre suite poétique « Sept dagues », dont l’original fut perdu lors de la perquisition qui eut lieu le jour de votre arrestation. Je vous ai noté le mien à la toute fin de ce livre.

DÉDICACE DE LA FIN

Dans « Sixième dague », vous écriviez « Ainsi nous nous rassemblons, pour aiguiser nos dagues ». Ce à quoi je vous réponds, mon frère…

Septième dague : Plumes

ainsi nous nous rassemblons
pour aiguiser nos plumes

rêvant, espérant, croyant
que toutes réunies
elles vous permettront
de reprendre votre envol
colombe de justice et d’équité
pour que votre chant résonne
de nouveau
en toute LIBERTÉ
ainsi nous nous rassemblons
pour aiguiser nos plumes






 
  Katia Canciani
(Québec)

   

Ericson Acosta
(Philippines)

 
 

Photo: © Danika Perreault-Gohier

Écrivaine québécoise
Katia Canciani écrivaine pour la jeunesse et romancière, est née à Montréal en 1971. Elle est revenue s’établir au Québec après avoir vécu au Manitoba, en Ontario et en Nouvelle-écosse. Détentrice d’une licence de pilote professionnelle et d’un baccalauréat en communication, elle se consacre à l’écriture depuis neuf ans. Elle est l’auteure des romans Un jardin en Espagne (finaliste au Prix des lecteurs Radio-Canada) et 178 secondes (Prix littéraire des enseignants AQPF-ANEL), du récit épistolaire Lettre à Saint-Exupéry, ainsi que de vingt-huit livres pour la jeunesse où l’estime de soi, l’acceptation des différences, la résolution pacifique des conflits et la persévérance sont à l’honneur.

 

 

Éricson Acosta est détenu sans jugement aux Philippines depuis février 2011. Agé 39 ans, c'est un poète, auteur-compositeur, comédien, metteur en scène et activiste. Ancien rédacteur en chef du journal étudiant Philippines Collegian et président de l'association culturelle des étudiants Alay Sinin, il a également travaillé pour le Manila Times. Le 13 février 2011, il a été arrêté San Jorge, à l'est du pays, soupçonné d'être un membre de la Nouvelle Armée Populaire (APN). Il était sans arme et menait une recherche au sujet des droits de l'homme et des questions environnementales dans la région. Le 16 février, une accusation de possession illégale d'explosifs a été déposée contre lui. Il reste en détention en attendant de passer en jugement malgré le délai de 180 jours prévu dans la loi. Plus d'un an après son arrestation, aucune plainte n'a été déposée contre lui. En prison, il a continué à écrire et à donner des interviews de presse. Pour suivre son cas

Source : P.E.N. international