2011 : DÉDICACE du livre de Brigitte Purkhardt pour Nevin Berktas (Turquie)
   

 

Chère Nevin Berkas,

Oui, vous avez mille fois raison ! Ainsi que le suggère le titre de votre livre : rien de plus efficace que l’air vicié des prisons pour défier la foi sous toutes ses formes. Foi en une justice partisane de la loi du plus fort. Foi en cette humanité plus encline à se laver les mains pour sa tranquillité qu’à se mouiller la conscience pour ses semblables. Foi au bout du compte en sa propre personne tour à tour harcelée par la peur, la souffrance, le doute, la révolte, l’impuissance. Ce livre vous a coûté la liberté. Celui que je vous offre traite d’une façon d’en proclamer les droits dans l’ombre par les vertus de l’imaginaire. Dans votre patrie, la liberté s’exprime peut-être à bord d’un tapis volant. Dans mon pays d’adoption, le Québec, elle navigue en canot par-delà les nuages. C’est la chasse-galerie que je vous souhaite de toute mon âme.

Brigitte Purkhardt






 
  Brigitte Purkhardt
(Québec)
   

Nevin Berktas
(Turquie)

 
 

© Photo de Frédéric Bernier

Écrivaine québécoise
Brigitte Purkhardt, d'origine polonaise, elle arrive au Québec à neuf ans. Elle concilie enseignement et écriture. Elle a fait partie du comité de rédaction de plusieurs revues et publie des articles sur la littérature et le théâtre (Prix Jean-Béraud 1992). On lui doit quelques livres d'artiste (en collaboration avec Ginette Trépanier) et œuvres littéraires dont La chasse-galerie de la légende au mythe, Pour cesser de haïr le présent et Lovendrinc. Elle représente actuellement le Canada auprès de l'Association internationale des critiques de théâtre.

 


Nevin Berktas, 53 ans, de nationalité turque, a été condamnée à 10 mois de prison pour un livre publié en 2000, pendant qu'elle était en prison, intitulé Cellules de prisons: endroit difficile qui met la foi au défi, où elle relate ses expériences en prison suite à sa résistance au coup d'état militaire de 1980.

Cette condamnation récente est le fruit d'un 4e procès pour la même « offense»; dans tous les autres cas, elle avait été acquittée ou condamnée à des amendes mineures mais n'avait jamais été relâchée. Il s'agit d'un cas patent de harcèlement judiciaire.

Au total, entre les caprices des divers régimes et les incompétences judiciaires Nevin Bertkas aura passé 22 ans de sa vie en détention pour crime de conscience et de conviction, toujours en rapport avec ses écrits, sous des régimes politiques souvent opposés et ce, sans jamais avoir de quelque façon menacé l'ordre public.

Source : P.E.N. international