2004 : DÉDICACE DU LIVRE NAÎTRE, C'EST SE SÉPARER
   

J'ai avec vous une passion commune des livres et de la liberté. Voici pourtant que depuis le 15 mars dernier, on vous reproche d'avoir critiqué les autorités, menacé l'unité du royaume, promu une monarchie constitutionnelle et d'avoir utilisé une terminologie occidentale dans vos demandes de réformes politiques. Pourtant, c'est votre conviction, il n'y a pas de développement humain en l'absence de la liberté. Certes, écrire n'arrive pas toujours à briser les chaînes ni à rayer le mépris du pouvoir. Écrire, toutefois, impose une responsabilité : celle de rester libre.

En effet, quand l'espoir se négocie au prix de la lâcheté, elle n'existe plus. Vous refusez de négocier votre liberté qui est celle d'imaginer d'autres rapports humains avec le pouvoir, vous n'abdiquez pas votre droit de penser et de dire devant la peur. Vous vous y refusez, restituant ainsi à vos concitoyens leur droit de vivre libre. Vous en payez malheureusement le prix. Ici, trop souvent nous écrivons dans le confort de nos maisons, oubliant parfois d'honorer la démocratie dans laquelle nous vivons. Vous êtes pour moi cet exemple au centre duquel le coeur du monde bat dans la poitrine de votre conscience. Vos mots tentent de crever le paysage des injustices, d'élargir l'horizon des libertés. Comment puis-je ne pas vous aimer, vous, Ali Al-Domaini, qui défendez la promesse d'une humanité responsable et libre.

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Bruno Roy 25 octobre 2004




    Bruno Roy     Ali Al-Domaini (Arabie Saoudite)
 
 


Essayiste, poète et romancier, Bruno Roy est bachelier en pédagogie de l'Université de Montréal en 1969. Il obtient également, en 1976, un baccalauréat et, en 1981, une maîtrise en études littéraires de l'Université du Québec à Montréal; il a soutenu une thèse de doctorat sur la chanson québécoise à l'Université de Sherbrooke en 1992. Il a enseigné quelques années au sein de diverses institutions. De 1976 à 1993, il a été professeur de français au Collège Mont-Saint-Louis. Bien que retiré de l'enseignement, il donne encore des ateliers d'écriture axés sur la poésie. Outre des articles de libre opinion parus dans La Presse et Le Devoir, il a également publié dans Québec français et L'Action nationale; il a ainsi fait paraître plus de 200 textes d'opinion et des poèmes dans divers journaux et revues. Il a participé à des publications spécialisées, il a donné des conférences principalement sur la chanson, l'enseignement de la poésie, la littérature, la culture et, bien sûr, la tragédie des orphelins de Duplessis. Certains textes ou poèmes ont été traduits en anglais, en espagnol, en mexicain et en portugais. Il a siégé au comité du Mouvement Québec français de 1987 à 1996 et il a été Commissaire substitut (milieu culturel) à la Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir du Québec. Il a fondé la première Maison des écrivains à Montréal. Il a été membre du comité d'implantation d'un cégep francophone dans l'Ouest-de-l'Ile.

Récipiendaire de la Médaille d'honneur de l'Association des écrivains de langue française (ADELF), décernée le 26 avril 1993 à la Maison des écrivains, Bruno Roy est le deuxième québécois à recevoir cette distinction récompensant les personnalités qui se dévouent pour le rayonnement de la langue française. En 1999, il reçoit le Prix Condorcet au nom du COOID pour sa contribution notoire à la promotion de la laïcité au Québec et à la défense de la liberté de conscience. Au printemps de la même année, le département des lettres du Collège André-Laurendeau crée le Prix annuel Bruno-Roy afin d'encourager la relève littéraire chez les étudiants. En 1999, il reçoit le prix Félix-Antoine-Savard de poésie pour son texte Âmes partagées. De janvier 1987 à novembre 1996, il a été président de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois. En décembre 2000, il est revenu à la présidence de l'UNEQ. Depuis 1994, il est porte-parole et président du Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (COOID).

Source : L'Infocentre littéraire des écrivains - www.litterature.org

Pour en savoir plus

 


Écrivain bien connu en Arabie Saoudite, Ali Al-Domaini a publié trois recueils de poésie et un roman. Cet écrivain et intellectuel réformiste est détenu depuis le 15 mars 2004. On lui reproche « d'avoir critiqué les autorités, menacé l'unité du royaume, promu une monarchie constitutionnelle et d'avoir utilisé une terminologie occidentale dans ses demandes de réformes politiques ».

Al-Domaini fait par ailleurs partie des treize leaders intellectuels saoudiens arrêtés le 15 mars 2004 pour avoir critiqué la Commission nationale sur les Droits humains et pour avoir planifié la création d'une commission sur les droits humains qui soit indépendante des autorités du royaume. Ces intellectuels, jugeant que la Commission établie par le gouvernement était insuffisante, exigeaient des réformes politiques plus radicales allant dans le sens des droits humains.

Ces intellectuels ont tous comparu devant un tribunal à la mi-juin : Al-Domaini et le Dr Matrouk al Falih seraient les seuls à avoir refusé de s'engager par écrit à contacter les autorités avant de mener toute activité publique. Selon Amnistie internationale, cet homme est un prisonnier d'opinion, maintenu arbitrairement en détention alors qu'il n'a fait qu'exercer sans violence ses droits à la liberté d'expression et d'association.

En raison du secret qui entoure la justice saoudienne, les procès se déroulent souvent à huit clos. Dans les rares cas où des personnes inculpées comparaissent en jugement, les normes les plus élémentaires d'équité ne sont jamais respectées.

Ali Al-Domaini, en prison, serait apparemment bien traité.