2014 : DÉDICACE du livre de Ouanessa Younsi pour Pinar Selek (Turquie)
   

 

Sutton, le 30 septembre 2014

Chère Pinar,

« Je pensais que les sociologues, tout comme les médecins, devaient être capables de guérir les blessures de la société ». J’ai lu ces mots que vous avez écrits. Ces mots que vous avez écrits m’ont lue. Sont-ils des remparts contre l’absurde? Ou des ponts sur lesquels marche la révolte? Par ces mots, je m’approche de vous, loin de chez moi… mais jusqu’où? Je partage votre combat, celui de guérir, entre médecine et sociologie, entre vers et prose, celui de peupler des déserts, et ces pays que nous portons comme des spectres sur nos épaules. Non nous ne voulons pas mourir. C’est pourquoi je vous offre Emprunter aux oiseaux, où une grand-mère guérit et ne guérit pas, d’une blessure qui s’agrandit pour rejoindre d’autres blessures que la sienne. La souffrance, humaine, trop humaine, « change de nom / mais pas de visage », car « nous gisons / dans la même faiblesse / souillées et sacrées ». Je vous soutiens dans votre lutte et votre indignation qui est l’ultime dignité. La paix n’est pas un maquillage. Et un jour, pas si lointain je l’espère, les arbres répareront nos racines.

Amitiés,

Ouanessa





 
  Ouanessa Younsi
(Québec)

   

Pinar Selek
(Turquie)

 
 

© François Mellet


Née en 1984 à Québec, de cœur québécois et de nom algérien, Ouanessa Younsi est poète et médecin psychiatre. Elle a publié deux recueils de poésie aux Éditions Mémoire d’encrier, Prendre langue (2011) et Emprunter aux oiseaux (2014). Elle a également arpenté Les bruits du monde en 2012 en collaborant à ce livre-spectacle collectif. Entre deux patients, elle participe à diverses lectures de poésie, alimente des revues, et nourrit son blogue http://ouanessayounsi.com/.

 

 

Âgée de 43 ans, cette écrivaine et sociologue de renom, féministe et antimilitariste, est la victime d’une rocambolesque saga judiciaire qui la poursuit depuis 1998. Après avoir refusé de communiquer le nom de rebelles kurdes qu’elle avait rencontrés, elle est accusée de complicité, puis de responsabilité directe dans un attentat terroriste – plus tard reconnu comme une explosion due à une fuite de gaz – et elle est condamnée en janvier 2013 à la prison à perpétuité par une cour qui l’avait acquittée en 2006, 2008 et 2011. Elle a quitté la Turquie et a le statut de réfugiée politique en France depuis 2013.